J’ai vu pour vous Chernobyl – la mini série

Gorbatchev a dit dans ses mémoires que l’accident de Tchernobyl, le 26 avril 1986, fut peut-être l’élément déclencheur de la chute de l’URSS. Il avait mille fois raisons. L’ancien directeur de la sûreté nucléaire en France (André-Claude Lacoste) disait que pour exploiter un programme de réacteurs civiles, il fallait être un pays démocratique. Il avait aussi mille fois raison.

La mini-série le montre parfaitement : les causes de l’accident sont à trouver dans l’appareil d’Etat soviétique, sa culture du mensonge, de la dénonciation, de sa politique du quota, de sa conviction inébranlable que la socialisme ne peut pas se tromper… Une seule chose comptait dans l’Etat soviétique : l’Etat ! L’homme ne valait rien, son aspiration au bonheur encore moins.

J’ai vu pour vous Chernobyl – la mini série

25 avril 1986, minuit. L’équipe du réacteur de la centrale de Tchernobyl commence un test de sécurité sous la direction d’Anatoly Diatlov, un homme antipathique, autoritaire qui vise une promotion. Le test est risqué. Il consiste à maintenir le réacteur à faible puissance et se servir de l’énergie résiduelle produite par les turbines pour alimenter les pompes amenant l’eau dans le cœur. du réacteur. Le test qui devait avoir lieu en début de journée à été déplacé dans la nuit par le dispatching : on est à la fin du mois et les usines doivent remonter les résultats du mois au secrétaire régional du parti communiste (sur wikipédia la cause du décalage est attribuée à la panne d’une centrale voisine).

Le test a donc très mal commencé. Le réacteur étant à mi-puissance depuis plus de 10 heures, il est instable (empoisonné au xénon). Pourtant Diatlov exige qu’il se poursuive. Akimov baisse les barres de contrôle qui modèrent la réaction. La puissance baisse, puis finit par s’écrouler de manière inexpliquée. Diatlov exige alors que l’on remonte complètement les barres : la puissance remonte, mais stagne à 200 MW. Puis tout s’emballe. Akimov lit avec terreur jusqu’à 30 0000 MW sur le pupitre alors que la centrale est dimensionnée pour fonctionner à 3000 ! Il appuie sur le bouton d’arrête d’urgence AZ5. Et là tout explose : la salle de commande est ébranlée: le réacteur n° 4 est parti en fumée. Le plus grand accident nucléaire civile a eu lieu.

Tout ce qui fit l’appareil soviétique se met alors on marche. Diatlov nie l’évidence, puis accuse ses subordonnés dont Akimov à qui il promet les pires ennuis. Viktor Brioukhanov , le directeur de la centrale est réveillé.  A son tour, effrayé par les conséquences prévisibles sur sa personne, il s’appuie sur les dires de Diatlov et parle de l’explosion d’un réservoir. Le comité central du part communiste est heureux d’apprendre que tout est sous contrôle. La preuve ? Les dosimètres ne mesurent qu’une radioactivité de 3.6 Röntgen. Chacun sait pourtant qu’il s’agit de la limite de ce que peuvent mesurer ces appareils d’un autre temps.

A Tchernobyl, la ville située à un encablure de la centrale, la réalité est tout autre. Les pompiers qui interviennent sur la centrale constatent la présence de débris étranges (du graphite) sur le sol qui brûlent l’épiderme de tout ceux qui s’en saisissent.

En haut lieu, on finit quand même par s’inquiéter : on fait appel à un spécialiste, Valeri Alekseïevitch Legassov, un scientifique membre de l’Académie des sciences d’URSS, spécialiste de la chimie minérale et directeur d’un institut national de recherche sur l’énergie atomique.

C’est lui qui va prendre les choses en main et éviter que l’accident ne dégénère en une catastrophe écologique mondiale !

Ce que dit l’accident de Tchernobyl sur l’appareil soviétique

Le socialisme ne peut pas se tromper. Tout ce qui s’oppose au socialisme est donc dans l’erreur. C’est pour cela d’ailleurs que l’on a un parti unique. Ainsi un RBMK (le type de réacteur de Tchernobyl) ne peut pas exploser. Maintes fois cette affirmation est répétée. Les opérateurs ont beau constater un trou en lieu et place du réacteur, les gens brûlés par dizaines, le graphite (composant présent uniquement dans le cœur) sur le sol, l’évidence est rejetée. On tarde ainsi à évacuer les riverains. Pourquoi donc les évacuer puisqu’il ne s’est rien passé ? L’hôpital de Pripiat est débordé. Les blessés qui arrivent sont irradiés de la tête au pied. Les infirmières qui les déshabillent se brûlent à leur tour….

Lorsque les autorités se réveillent il est un peu tard. Il s’agit alors de trouver des coupables. Brioukhanov  a une liste prête dans sa poche.

Le plus important pour les autorités est de garder la foi dans le socialisme, seul système capable de rendre les gens heureux. On minimise, on relativise, on contrôle l’information à grand renforts de KGB.

Valeri Alekseïevitch Legassov va le montrer : ce qui a fait exploser un RBMK, c’est le mensonge : il fut tellement ancré dans la culture soviétique qu’il se mêle à la vérité. Les défauts de conception du RBMK (coefficient de vide positif, présence de graphite dans les barres de contrôle, absence d’enceinte de confinement, combustible mal enrichi…) étaient bien connus de la communauté scientifique, mais tous les rapports avaient été écartés, vidés de leur contenu et leurs auteurs emprisonnés. La première commission présidée par Gorbatchev est heureuse d’annoncer que tout est sous contrôle ! Toute la chaîne de remontée de l’information, de Diatlov jusqu’à Boris Chtcherbina, vice-président du Conseil des ministres et chef du Bureau des combustibles et de l’énergie, pour se protéger a menti.

Il fallut qu’une balise suédoise mesure une radioactivité supérieure à la normale pour que l’URSS reconnaisse officiellement l’accident. Dans un système machiavélique où tout le monde soupçonne tout le monde, où le moindre geste est épié jusqu’au plus haut niveau de l’Etat, où la peur est le sentiment le plus répandu, où la vérité ne pèse rien face à l’autorité de l’Etat, où dire les faits peut vous conduire en prison le bonheur n’a pas sa place.

Merveilleuse série.

Explication Technique de l’Accident

Pourquoi un tel test de sécurité ?

Que se passe-t-il si une centrale nucléaire est privée d’électricité ? Par exemple suite à un effondrement du réseau ? Les pompes qui envoient de l’eau dans le réacteur pour le refroidir n’étant plus alimentées en électricité elle n’assurent plus leur fonction. Le cœur monte en température jusqu’à la fusion. Pour éviter un tel scénario, la centrale est équipée de moteurs diesels qui peuvent fournir l’électricité nécessaire aux pompes. Mais il leur faut une minute pour être à pleine puissance. L’idée est donc de profiter de la puissance encore délivrée par les turbines pour assurer l’alimentation des pompes pendant ces soixante secondes. Le test projeté à Tchernobyl consistait donc à simuler cette perte de réseau en mettant le réacteur à très faible puissance, en coupant l’alimentation électrique normale des pompes et les réalimenter avec la puissance résiduelle de l’alternateur pendant une minute…

Schéma détaillé d’un RBMK

Pourquoi l’accident ?

En maintenant le réacteur à mi-puissance pendant près de dix heures avant de commencer le test, les opérateurs ont entraîné l’accumulation de Xénon dans le cœur. Ce gaz, issu de la désintégration radioactive de l’uranium 235, est un « poison neutronique » : il capture les neutrons participant à la réaction en chaîne. (Lorsque le réacteur fonctionne à sa puissance nominale, le xénon est éliminé et n’empoisonne pas la réaction en chaîne).

Quand les opérateurs commencent le test, ils abaissent encore la puissance du réacteur ce qui a pour effet une accumulation encore plus importante de Xénon. C’est pourquoi, la puissance du réacteur chute brutalement à 0 MW : le réacteur est totalement « empoisonné ».

Pour tenter de relancer le réacteur, les opérateurs relèvent alors progressivement les barres de contrôle en bore chargées, en temps normal, de réguler la réaction en chaîne (Le bore est un matériau qui comme le Xénon capture des neutrons). Mais le réacteur est tellement empoisonné par le xénon que même en relevant toutes les barres de contrôle, la puissance du réacteur ne remonte pas à un seuil suffisant pour lancer le test.

Pourtant, les opérateurs décident de poursuivre la procédure. Ils alimentent alors les pompes du circuit primaire grâce à la puissance résiduelle produite par l’alternateur. Le débit d’eau du circuit primaire ralentit et de la vapeur commence à se former dans le cœur du réacteur (même si ce dernier fonctionne à basse puissance, il est encore suffisamment chaud pour vaporiser l’eau du circuit primaire).

C’est la formation de cette vapeur qui va être fatale au réacteur numéro 4. En effet, les réacteurs RBMK sont dits à « coefficient de vide positif » : leur réactivité augmente en présence de vapeur. En régime nominal, ce coefficient de vide positif est contrebalancé par un coefficient de température négatif (la réactivité du combustible nucléaire diminue avec la température), mais à basse puissance, le coefficient de température ne suffit pas à compenser celui de vide : La réactivité du cœur augmente en l’absence de toute contre-réaction (toutes les barres de contrôle ont été relevées et le xénon se désintègre avec la température qui augmente).

La puissance du réacteur 4 augmente alors en flèche. Après quelques secondes, les opérateurs décident d’appuyer sur le bouton d’arrêt d’urgence (AZ5). Cela sera lors ultime erreur.

En effet, les réacteur RBMK ont un énorme défaut : L’extrémité des barres de contrôle contient un pièce en graphite. Le graphite est un modérateur de la réaction c’est à dire qu’il ralentit les neutrons pour augmenter leur probabilité de fissionner les atomes de combustible.

En pénétrant dans le réacteur, les barres de contrôle agissent donc, dans un premier temps, comme un catalyseur de la réaction en chaîne. Or, l’augmentation brutale de la température du cœur a fait exploser certains tubes de force du réacteur empêchant les barres de contrôle de pénétrer complètement dans le réacteur. La pièce en graphite se retrouve alors bloquée en plein milieu du réacteur : la réaction en chaîne s’emballe.

La puissance monte en flèche, l’eau se vaporise, la pression augmente et le couvercle du réacteur est expulsé à plusieurs mètres de haut.

L’oxygène de l’air entre alors en contact avec l’hydrogène produit par la radiolyse de l’eau (l’eau du circuit primaire a été décomposée par les rayonnements ionisants en hydrogène et en oxygène) et provoque l’explosion finale du bâtiment réacteur.

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s