l’économie est-elle une science ?

On parle rarement de sciences chimiques ou de sciences mathématiques, alors que l’on parle volontiers de sciences économiques. Pour quelles raisons ? « Science » vient du latin du verbe « scire » qui signifie « savoir ». Dans le langage courant, la science est l’art de lever le voile sur le monde qui nous entoure, de mettre en équations la nature pour la comprendre, pour rechercher, dans les signes qu’elle nous envoie, la vérité. La science est la recherche de la vérité.

Aussi la question se pose-t-elle avec encore plus d’acuité : l’économie est-elle une science ? On peut en douter lorsque l’on constate que les économistes sont rarement d’accord entre-eux lorsqu’ils s’agit d’établir des prévisions ou de construire des théories et qu’ils se plantent souvent… De Karl Marx à Adam Smith, de Keynes à Ricardo, de Nicolas Bouzou (marqué à droite) à Thomas Piketti (marqué très à gauche), on constate que chacun propose des solutions qui sont toutes séduisantes, mais racontent des histoires bien différentes, souvent démenties par les faits. La vérité serait-t-elle plurielle dans le monde de l’économie ? Les économistes sont-ils devenus les devins du « a posteriori » ? Sont-ils passés maîtres dans l’art d’expliquer demain pourquoi ils se sont trompés aujourd’hui ? Bref sont-ils des scientifiques ou des idéologues, incroyablement habiles pour masquer leur ignorance derrière une montagne d’équations ?

Le développement de l’économie réelle n’a rien à voir avec la science économique. Bien qu’on les enseigne comme s’il s’agissait de mathématiques, les théories économiques n’ont jamais eu la moindre utilité pratique. Karl POPPER

Karl Popper nous aident à distinguer ce qui relève vraiment de la science : pour qu’une théorie soit dite « scientifique », elle doit être réfutable par une expérience. L’exemple le plus célèbre est la validation de la théorie de la gravité d’Einstein par l’observation de la positon des étoiles pendant une éclipse solaire. L’observation ayant permis de confirmer les résultats du savant allemand (une masse (ici le soleil) dévie les rayons lumineux), la théorie devint « scientifique ». Ce qui ne veut pas dire qu’elle soit vraie, ni définitive. En résumé la logique de Popper tient en une coutre phrase : si une théorie n’est pas infirmée par une expérience, elle n’est pas fausse ou bien encore elle est provisoirement vraie.

La science ne souscrit à une loi ou une théorie qu’à l’essai, ce qui signifie que toutes les lois et les théories sont des conjectures ou des hypothèses provisoires. Je n’exige de la science aucune certitude définitive. Karl POPPER.

Karl MARX, dans Le Manifeste du parti communiste (1848), puis Le Capital, n’avait aucun doute quant au caractère scientifique de sa théorie de la plus-value. Son œuvre, rendue obscure par un fatras d’équations, a séduit bon nombre de politiques, à commencer par Lénine, qui voyait dans Le Capital une sorte d’Évangile : une vérité révélée, définitive pour tout ce qui concernait l’économie. Or les, faits têtus comme à leur habitude, montrèrent que la théorie était fausse : la paupérisation des masses pronostiquées par Marx n’eut jamais lieu et au début du XIXème siècle, loin de s’organiser en mouvement révolutionnaire, le prolétariat européen aspira plutôt à améliorer son niveau de vie par des réformes, plutôt qu’à tout renverser et tout perdre. En Angleterre, en France ou en Allemagne, le capitalisme se montra bien plus souple et bien plus stable que ne l’avait théorisé le grand Marx. Les germes révolutionnaires (les ligues spartakistes en Allemagne par exemple), plantés sur ces terreaux bien peu fertiles, finirent par s’éteindre, laissant la place à un socialisme réformiste. En Russie, il fallut tout le talent et la hargne de Lénine pour entrainer dans son sillage les masses sur la base de l’ouvrage frauduleux de Marx. Eduard BERNSTEIN (ami d’Engels) démasqua la supercherie.

En 1896, la social-démocratie allemande fut secouée par un terrible tremblement de terre. Eduard Bernstein (1850-1933), grand théoricien du parti, publia une série d’articles où il dénonça les « Problèmes du socialisme ». En opposition avec son ancien mentor (Marx), il affirma que le Capitalisme loin de s’effondrer suite à une crise de surproduction, se révèle bien plus élastique que théorisé par son ancien maître. Il alla plus loin en renonçant à la Révolution et en poussant, au sein du système capitaliste, des réformes progressives. Ce crime de Lèse-Majesté fut dénoncé Lénine.

Dans un livre publié en 2004, « Le hasard sauvage » : comment la chance nous trompe » , Nassim Nicholas Taleb écrit ceci à propos des sciences économiques : 

Il est possible de camoufler le charlatanisme sous le poids des équations sans se faire prendre, car il est impossible de faire des expériences de contrôle. Nassim Nicholas Taleb

En synthèse, l’impossibilité de mettre en place des tests de réfutabilité, le nombre trop important d’hypothèses et d’approximation, notamment sur le comportement humain, l’absence de résultat en termes de projection, la perpétuelle contradiction qu’apportent les faits, font de l’économie une matière peu scientifique, plus proche de l’art de la divination orientée que des mathématiques.

Comme l’ensemble des sciences sociales, ou les sciences politiques, l’économie affronte des difficultés particulières pour produire des énoncés scientifiques, car elle étudie des comportements humains. Comme les actions humaines sont a priori libres et spontanées, il paraît impossible d’établir à leur sujet des lois générales, analogues aux lois physiques.

Un commentaire

Laisser un commentaire

Choisissez une méthode de connexion pour poster votre commentaire:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s