Écologiste comme… Cohn-Bendit

Danny le Rouge a bien grandi (il a aujourd’hui 75 ans). Comme Luc FERRY l’explique, il a, comme la plupart d’entre-nous, suivi la trajectoire normale d’un individu, traversant une adolescence pleine d’utopies, remplie de moutons et de cheveux au vent ; campant un jeune adulte révolutionnaire (à tendance anarchiste façon Proudhon) dans les années 68, pour s’illustrer, une fois la maturité venue, parmi les écologistes des deux côtés du Rhin, avant de s’établir en « Macron-compatible ». Il écrivit ainsi dans les années 90 dans le Monde :

 Il y a trente ans, j’ai incarné en France ce qu’on appelait en Allemagne « die antiautoritäre Bewegung » : le mouvement anti-autoritaire. Parmi tous ceux qui se disaient révolutionnaires à l’époque, nous étions peu à nous réclamer du courant libertaire et nous avions à nous démarquer de tous les groupuscules léninistes d’obédience trotskiste ou maoïste. Et pourtant c’est bien ce souffle libertaire qui a traversé la France en mai 1968 et touché tous les milieux, et les avant-gardes autoproclamées. Daniel Cohn-Bendit.

Il défend aujourd’hui une écologie raisonnable.

Une écologie loin du mysticisme à tendance religieuse

Pour Daniel Cohn-Bendit, les écologistes ont la fâcheuse tendance à personnaliser la terre, à lui donner des caractéristiques humaines. La terre serait ainsi un être sensible, capable de sentiments ; la colère, la joie… Ainsi, la crise du COVID serait-elle l’illustration de la colère de la terre qui se vengerait de nos mauvaises actions. Remplacez « Terre » par « Dieu » et vous avez exactement le vocabulaire religieux, fait d’êtres supérieurs qui jugeraient nos actions, de promesses d’enfer à haute température si les hommes continuent à pécher en émettant du CO2… La solution, dans les deux cas, est la privation, le jeune, la vie sobre et sans joie.

Pour Daniel Cohn-Bendit, la Terre est de la matière inerte perdue au milieu de l’Univers. Elle était là, il y a 5 milliards d’années (bien avant nous) et sera là bien après-nous, alors que la moindre trace de l’activité humaine aura depuis longtemps disparu, reléguée dans les archives des couches sédimentaires.

Par ailleurs, pour Daniel Cohn-Bendit, dire que la COVID est la preuve de la colère de la terre, signifie que cette même terre en veut tout particulièrement aux vieux, aux diabétiques et aux obèses… C’est intenable.

Une écologie sans décroissance

Pour Daniel Cohn-Bendit, le COVID a été l’occasion d’expérimenter la décroissance : synonyme de baisse d’émission de CO2, certes, mais aussi de chômage de masse. Développer le concept de décroissance à grande échelle jetterait à coup sûr des désespérés dans la rue, baïonnette au canon ! La crise des gilets jaunes, et plus anciennement celle des bonnets rouges, sont des crises anti-mesures écolos : les décisions des gouvernements étaient justifiées du point de vue du CO2, mais elle ont été ressenties comme un moyen de remplir les caisses de l’État. Les gens ne sont pas encore prêt à changer de mode de vie… Et les réactions peuvent être violentes.

À la faveur du confinement généralisé, nous avons pu constater qu’une décroissance brutale avait certes des conséquences positives sur le climat, mais aussi et surtout qu’elle était invivable. Ce n’est pas la peine de crier « Décroissance ! Décroissance ! » si c’est pour aboutir à une crise majeure, à un taux de chômage et de pauvreté record, à un bouleversement non seulement de notre mode de vie, mais de nos possibilités mêmes de vie. Est-ce que l’on veut sauver le climat en tuant les gens ? Si on leur annonçait qu’on prolongeait l’expérience pour lutter contre le réchauffement climatique, c’est baïonnette à la main qu’ils monteraient au front ! D’autant que les ressources qui ont pu être mobilisées en France, pour le chômage partiel notamment, ne pourraient être maintenues à l’identique pendant dix ans. Le défi est bien plus complexe. Daniel Cohn-Bendit.

La démocratie a dû mal avec le temps long

Pour Daniel Cohn-Bendit, la crise du COVID est assez facilement mesurable par ses effets (nombre de morts, de lits occupés, de cas d’infection…) . Le changement climatique est bien plus complexe à appréhender. Il est compliqué de ressentir aujourd’hui (surtout en France) les effets à venir. Le changement,t climatique fonctionne sur un pas de 10, 20, voire trente ans, lorsque nos démocraties ont adapté un tempo bien plus rapide, calé sur la périodicité des élections. Le problème de l’écologiste, c’est qu’il promet l’enfer : la canicule, bien entendu, mais aussi une liste d’interdictions ou de privations longue comme le bras. Si vous ne parvenez pas en amont à les faire accepter par le plus grand nombre, il est impossible de les mettre en œuvre.

Pour Pour Daniel Cohn-Bendit, la Vème République porte en elle les germes de l’échec programmé de toute politique ambitieuse : le président est élu avec 25 % des voix. 75% des français se sentent donc lésés. Il faut vite passer à la proportionnelle et faire des gouvernements de coalition qui représente une majorité de Français et qui auront une vrai légitimité.

Tout doit se décider au parlement

Pour Daniel Cohn-Bendit, les experts ne peuvent émettre que des avis. Au final, la représentation nationale doit être la seule à pouvoir légiférer. Platon, dans La République, avait jeté les bases d’un gouvernement idéal, à la tête duquel il y aurait des philosophes-Rois, des sages seuls à décider. Daniel Cohn-Bendit s’oppose à l’écologiste-Roi qui déciderait de tout. Il y aurait alors un problème d’acceptation par la société des décisions et à coup sûr de nouvelles crises de gilets multicolores….

Pas de tyrannie

Pour Daniel Cohn-Bendit, la solution de Hans JONAS d’une tyrannie bienveillante est à jeter aux orties. Si vous engagez des mesures contraignantes pour sauver la planète, vous aurez perdu la démocratie et vous ne sauverez rein du tout, car vous élèverez contre vous toutes les résistances du monde. Sans l’acceptation de la société, on, ne peut rien faire.

Une société bienveillante est une société qui permet l’émergence de majorités organisées autour d’un compromis écologique et social.

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