J’ai lu pour vous la ferme des animaux (animal farm) de georges Orwell

Georges ORWELL avait décrit dans 1984 une société terrifiante, allégorie du régime soviétique, où, sous couvert d’émancipation du peuple, un dictateur (Big Brother) mettait en place un régime totalitaire parfait où toute forme de contestation devenait impossible. Dans la ferme des animaux (1945), il raconte un peu la même histoire, mais sous la forme d’une fable animalière.

J’AI LU POUR VOUS LA FERME DES ANIMAUX (ANIMAL FARM – a fairy story) DE GEORGES ORWELL (1903-1950)

Les animaux, conscients d’être les esclaves des hommes en général et du fermier Mr Jones en particulier, décident, sur les conseils du vieux cochon mourant, Sage l’ancien, de briser leurs chaines. Juste avant son dernier souffle, Sage l’ancien lègue une sorte de Manifeste, que l’on pourrait confondre avec le Manifeste du parti communiste de Marx de 1848 et son célèbre

Les prolétaires n’ont rien à perdre que leurs chaînes. Ils ont un monde à gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! Marx.

Sous l’impulsion des deux cochons restants (Napoléon et Boule de neige,) les animaux parviennent à chasser leur despote (allégorie du Tsar Nicolas II) et prennent le pouvoir. Chacun reconnait aux cochons, êtres supérieurs par leur intelligence, le rôle de leader, seuls capables de les mener vers une vie meilleure. Immédiatement, 7 commandements sont établis :

  • Commandement no 1 : « Tout deux pattes est un ennemi »;
  • Commandement no 2 : « Tout quatre pattes ou volatile est un ami »;
  • Commandement no 3 : « Nul animal ne portera de vêtements »;
  • Commandement no 4 : « Nul animal ne dormira dans un lit »;
  • Commandement no 5 : « Nul animal ne boira d’alcool »;
  • Commandement no 6 : « Nul animal ne tuera un autre animal »;
  • Commandement no 7 : « Tous les animaux sont égaux ».

Le manifeste du part communiste

Dans ces commandements, on retrouve la philosophie mise en place par Lénine dès 1917 : les « deux pattes » sont bien entendu une métaphore du bourgeois et de l’aristocrate, érigés en ennemis du peuple par Marx, Engels, puis par Lénine et avant eux Robespierre. Les quatre pattes et volatiles sont les prolétaires. Le monde se divise en « amis » et « ennemis », c’est-à-dire en classes irréconciliables. La lutte des classes devient, pour Napoléon le Cochon, un commandement majeur, comme cela l’était pour Marx et Lénine. Les commandements 3 à 5 sont une liste de privations qui visent à ne pas reproduire les mauvaises habitudes des bourgeois. Le dernier commandement est un vieux pieux puisque déjà Napoléon-Staline s’octroie déjà quelques privilèges.

L’élimination des rivaux

Napoléon sent son pouvoir contesté par Boule de Neige, l’autre cochon. Comme Lénine l’avait fait avec Plekhanov, puis Staline avec Trotski et bien avant Robespierre avec Danton et Desmoulins, Napoléon se débarrasse de celui qui pourrait lui faire de l’ombre.

Création de la nomenklatura et de la police politique

Napoléon joue la menace d’un retour possible de Mr Jones pour imposer toujours plus de labeur aux animaux. Le travail devient un moyen d’asservissement. Ces derniers travaillent de plus en plus, mais semblent accepter leur sort car ils travaillent « pour eux ». Curieusement, Napoléon s’attribue des rations supplémentaires « pour garder ses capacités intellectuelles ». Une sorte de Nomenklatura s’installe, Lénine aurait dit « Une avant garde éclairée du prolétariat ». Elle est constituée par les cochons et leurs sbires : les chiens dont Napoléon à superviser la formation. La Tchéka de Lénine (devenue la GPU puis le KGB), c’est-à-dire la police politique est en place. Elle vise à s’assurer que la ligne du parti est respectée par chacun. Toute déviation est punie de mort. La guillotine de Robespierre s’est incarnée dans la fable de Orwell dans les molosses de Napoléon avec leurs mâchoires aux dents aiguisées.

L’international communiste

Les oiseaux répandent le germe révolutionnaire dans les fermes alentour ce qui commencent à inquiéter les propriétaires (les monarques) des autres fermes. La métaphore du communisme international voulu par Marx est évidente. Lénine, dès 1917, a cherché à manipuler les partis communistes des puissances occidentales, notamment en Allemagne, pour tenter de répandre les idées révolutionnaires. La révolution spartakiste de 1919 en Bavière (menée par Rosa Luxembourg et Karl Liebknecht) fut alors écrasée par le régime en place ce qui conduisit Staline à promouvoir le communisme dans un seul pays.

En 1794, les monarchies européennes se sont elles-aussi senties menacées par les idées révolutionnaires qui commençaient à diffuser au-delà des frontières françaises. Elles ont alors choisi de prendre les armes pour rétablir Louis XVI dans son rôle de Monarque. Les armées révolutionnaires de Dumouriez (puis de Napoléon (le vrai) Bonaparte) les ont repoussées à l’intérieur de leurs frontières comme les animaux de Orwell le font avec les fermiers armés.

Le parti unique

Après la fuite de Boule de neige, Napoléon interdit les débats publics. Lénine, après avoir installé les soviets d’ouvriers et de soldats, les supprima pour garantir que la ligne directrice soit dictée par lui seul et quelques autres apparatchiks (Zinoviev, Kamenev et Trotsky). La réunion du dimanche devient un rituel où l’on s’incline devant le crâne de Sage l’ancien : Orwell s’amuse du culte des reliques de Lénine dont le corps a été embaumé et exposé dans le mausolée de la place Rouge.

L’asservissement par le travail et le chantage à la nourriture

Napoléon exige toujours plus de travail, sauf pour les cochons qui doivent se préserver pour conserver leurs capacités intellectuelles. Lénine avait dit « celui qui ne travaille pas ne mange pas ». On commence à s’interroger sur les bienfaits de cette révolution. N’était-ce pas mieux avant ?

Les animaux sont tous égaux, … enfin presque

Les commandements sont progressivement modifiés. En effet, Napoléon, qui s’est installé dans la ferme de Mr Jones, est surpris à dormir dans le lit. Dans la nuit, le commandement n°4 est devenu : « Nul ne dormira dans un lit… avec des draps ». Gorbatchev, en 1989, avait dénonça le fait que les membres du Politburo mangeaient des mets raffinés alors que le prolétariat, censé être au pouvoir depuis 70 ans, faisait la queue devant les magasins désespérément vides.

Le fuyard et les réquisitions

Pour Napoléon, Boule de neige (Métaphore de Trotski) le fuyard est responsable de toutes les difficultés rencontrées par les animaux. C’est bien pratique. Napoléon, par ailleurs, engage le commerce avec les hommes pourtant réputés ennemis. Il vend les œufs des poules qu’il a confisqués (Lénine aurait dit « réquisitionnés ») et, face aux protestations des poules, lance ses chiens, comme Robespierre le fit avec la Guillotine ou Staline avec le goulag : 9 morts. L’hiver ne facilitant pas les choses, seuls les chiens et les cochons (les membres du part) mangent à leur faim. Les classes ont vite été recréées.

Stakhanovisme et mensonge d’État

Le courageux cheval Malabar a travaillé comme un forcené pour la reconstruction du moulin. Il a été montré en exemple aux autres animaux, comme Staline l’avait fait avec l’ouvrier-mineur Stakhanov dont le portrait était affiché partout et qui donna son nom à ce type de pratique : le Stakhanovisme. En effet, la politique de Grands travaux voulue par Napoléon a poussé Malabar au bord de l’épuisement et il est tombé malade. Napoléon annonce alors qu’il l’envoie à l’hôpital, qui n’est en fait qu’un abattoir. Quelques jours plus tard, Brille-Babil, le porte-parole de Napoléon, fait part de son décès. IL met également en garde quiconque colportera de fausses nouvelles à propos d’un soi-disant abattoir. La Pravda (La Vérité en russe) est le seul organe autorisé à dire la vérité. Le reste n’est que mensonge passible de la peine de mort.

Retour à l’ancien monde

Finalement les cochons se mettent à marcher sur deux pattes. Ils sont devenus gras comme des bourgeois, ne travaillent guère et se mettent à commercer régulièrement avec les hommes, voire à jouer aux cartes. Il ne reste ^plus qu’un seul commandement : les animaux sont tous égaux… mais certains sont plus égaux que d’autres.

Les autres animaux ont oublié l’histoire de leur communauté. Ils constatent simplement qu’ils travaillent dur, mangent peu et sont au service d’une petite clique : les cochons.

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