Pourquoi ne fera-t-on pas boire (vacciner) un âne (un anti-vaccin) qui n’a pas soif (qui a peur de son ombre)?

Dans le débat public, il est devenu impossible de convaincre. La croyance l’a, semble-t-il, emporté sur la science. Prenons le cas du soi-disant lien entre l’autisme et le vaccin de la rougeole (le ROR – Rougeole-Oreillons-Rubéol). Ce lien supposé trouve son origine dans un article du Lancet (retiré depuis pour fraude) dont l’auteur est un certain Andrew Wakefield. Laurent-Henri Vignaud, historien des sciences, dans « La Méthode scientifique«  a écrit ceci :

Wakefield a produit une étude qui avait toutes les apparences en réalité, de la science sévère, de la science sérieuse. Lui-même avait une position institutionnelle tout à fait respectable. Il se trouve que cette étude tendait à montrer un lien possible entre la vaccination contre la rougeole, les oreillons et la rubéole et l’autisme. Comme dans n’importe quelle étude scientifique un peu surprenante, elle a été vérifiée, on a essayé de la reproduire et ça a donné des résultats négatifs, notamment une méta analyse parue au début du mois qui semble clore définitivement le débat. Mais il y a plus grave parce qu’en réalité, quand on est scientifique, on a le droit de se tromper. J’allais presque dire on a le devoir de se tromper parce que la méthode scientifique est construite là-dessus, sur le doute méthodique et sur les essais. Mais dans le cas de Wakefield, c’est une fraude en réalité, parce qu’une enquête journalistique a montré que lui-même avait breveté un procédé permettant de [remplacer le] vaccin et il était au service de familles qui portaient plainte contre l’industrie pharmaceutique pour empoisonnement vaccinal. L’article a été retiré, ce qui est très rare, et Andrew Wakefield radié de l’ordre des médecins. Laurent-Henri Vignaud

« Aux yeux du grand public, ça n’a aucune conséquence, regrette pourtant Laurent-Henri Vignaud. Parce qu’en réalité, ce qu’on entend, c’est qu’un médecin a prouvé un jour qu’il y avait un lien. Et la deuxième information comme quoi il a été radié, c’est la preuve qu’il y a un complot. C’est inextricable »Laurent-Henri Vignaud

La théorie du complot comme réponse à tout argument

Tout argument rationnel vient ici renforcer la défiance. Nous sommes ici devant ce que l’on appelle en psychologie l’effet tunnel ou le biais cognitif de sélection : la personne inquiète (souvent à juste titre) cherche à expliquer les raisons de son angoisse. Tout élément venant l’expliquer est alors inconsciemment retenu et tout évènement contraire est (également inconsciemment) rejeté. Il est donc inutile de faire référence à une étude scientifique incontestable : elle sera contestée, entachée d’intérêts inavouables et cachés, financée par d’obscures officines,… En revanche, une confiance aveugle sera accordée à un professeur nimbus qui viendrait conforter l’angoissé dans sa conviction ; même si le prof. en question a été pris la main dans le sac pour fraude (comme c’est le cas du professeur RAOULT par exemple).

Il y a en France 70 millions d’épidémiologistes, comme il y eut, pendant la coupe du monde de foot, 70 millions de sélectionneurs, tous plus compétents qu’Aimé JACQUET. Tout ce qui vient d’en-haut est contestable, car ça vient d’en-haut.

Un espoir au bout du tunnel

Ce serait risible si cette défiance n’avait pas de conséquence sur nos compatriotes. Sans campagne de vaccination accélérée, il n’y a aucun espoir pour que les bars, restaurants, musées, salles de spectacles, stations de ski,… ouvrent au mois de janvier. Sans vaccination, la seule alternative restera le confinement et le couvre-feu, catalysant la lente agonie de nos commerçants et de notre économie et donc les morts de demain.

Nul doute que lorsque nous verrons nos voisins anglais et allemands ouvrirent les portes de leurs lieux de plaisir, nous commencerons à nous interroger derrière nos masques. Lorsque nous verrons la vie reprendre derrière nos frontières, les fêtes se multiplier, les concerts fleurirent,… nous chercherons des coupables. Pourquoi eux et pas nous ? Que fait le gouvernement ? Devant le triste spectacle de notre économie moribonde, nous serons alors les premiers à critiquer la lenteur de la vaccination en France… Le Français est comme ça. C’est pour cela qu’on l’aime.