Les Français et les lacunes en science qui leur font dire n’importe quoi ! par Étienne KLEIN

A lire dans Le Point

Chaque jour, la science révèle des merveilles dont on osait à peine soupçonner l’existence. Ses découvertes repoussent les frontières de l’infiniment petit et de l’infiniment grand, elles nous éclairent sur le génome humain et le cosmos. Mais rien n’y fait. Notre société, qui s’est auto-baptisée « société du risque », se méfie de la science et ne croit plus au progrès, le terme a d’ailleurs quasi disparu du vocabulaire politique. La précaution est érigée en principe, la peur en vertu. Les obscurantistes se recrutent jusque dans les rangs des scientifiques ! À l’esprit des Lumières, ces nouveaux croisés préfèrent l’esprit des lois de la nature. Tandis que certains intellectuels se sont carrément transformés en « collapsologues » pour nous annoncer l’effondrement de notre civilisation industrielle. Il est vrai que prédire le pire est devenu un filon littéraire à écho médiatique garanti.

Mais des irréductibles résistent. Étienne Klein en fait partie. Physicien au Commissariat à l’énergie atomique, professeur à Centrale, auteur d’essais scientifiques à succès, ce spécialiste du temps, montagnard par passion, peintre à ses heures, et fan de Keith Richards, est un formidable accélérateur de connaissances. Parler avec lui est un antidote aux effets du mauvais mélange pessimisme, déclinisme et relativisme. Le Point a aussi poussé la porte du Collège de France, où des professeurs ont raconté les formidables avancées de la science. Plus que jamais, tous nous donnent des raisons d’espérer.

Le Point : Jamais les Français n’ont considéré l’avenir avec autant de pessimisme. En quoi la science peut-elle nous redonner confiance ?

Étienne Klein : Les uns clament qu’elle va nous sauver, les autres qu’elle nous mène tout droit à la catastrophe. Mieux vaudrait réfléchir. La science ne devrait pas être utilisée à des fins psychologiques, qu’il s’agisse de nous rassurer ou de nous effrayer. Elle n’est ni une couette mentale ni un trou noir. Certes, elle décuple notre pouvoir d’agir et déplace même les contours de notre condition, mais vous aurez remarqué qu’elle ne parle pas ! Elle n’a donc jamais rien promis : seuls les humains, scientifiques ou non, l’engagent dans des promesses radieuses ou des prophéties apocalyptiques. Ce qui pourrait désassombrir la pensée et redonner de l’espoir à ceux qui n’en ont pas, c’est un projet de société à la fois crédible et attractif. Bien sûr, une telle projection devrait expliciter ce que nous voulons faire avec la science, ce qui suppose de bien saisir ce qu’elle est et ce qu’elle permet d’envisager.

Quelles sont les dernières grandes avancées en science qui vous ont le plus bouleversé ?

La détection du boson de Higgs au CERN, les prouesses de « Rosetta » et « Philae », les mesures du satellite « Planck » sur le fond diffus cosmologique. Ces trois belles aventures européennes ont révélé des choses respectivement sur le vide quantique, la formation du système solaire et la structuration de l’Univers. Qui dit mieux ? Mis en face d’elles, il faudrait être de marbre pour le rester.

Si nous n’avons plus foi dans le progrès, est-ce parce que nous avons perdu l’espoir ?

L’idée de progrès a une anagramme qui la résume en partie : le degré d’espoir. Elle mélange en effet l’espérance et la consolation. En étayant la perspective d’une amélioration future de nos conditions de vie, elle rend l’histoire humainement supportable : loin sur la ligne du temps, elle fait miroiter un monde meilleur. Mais il y a un revers à cela : cet autre monde n’adviendra pas tout seul. L’idée de progrès a donc aussi à voir avec celle de sacrifice : le genre humain est sommé de travailler à un progrès général dont l’individu ne fera pas lui-même toute l’expérience. Croire au progrès, c’est accepter de sacrifier du présent personnel au nom d’une certaine idée du futur collectif qui donne du sens et une direction à nos efforts. Cela suppose donc d’avoir… une certaine idée du futur collectif ! Or, pour quel dessein global sommes-nous prêts à faire des sacrifices ?

À qui la faute ? Aux politiques ?

Je n’aime pas désigner des responsables. Il y a juste une chose : si seulement les politiques pouvaient cesser de tweeter ! Car leur mission n’est ni de nous distraire ni de dilater l’actualité. Le « présentisme émotionnel » auquel ils succombent avec un appétit concupiscent disqualifie de surcroît l’intelligence stratégique.

Comme vous l’avez vous-même relevé, le mot « progrès » s’est évaporé du vocabulaire politique…

Le mot « progrès » a été détrôné par celui d' »innovation ». Un exemple : la Commission européenne s’est fixé en 2010 l’objectif de développer une « Union de l’innovation » à l’horizon 2020. Le document de référence commence par ces lignes : « La compétitivité, l’emploi et le niveau de vie du continent européen dépendent essentiellement de sa capacité à promouvoir l’innovation, qui est également le meilleur moyen dont nous disposions pour résoudre les principaux problèmes auxquels nous sommes confrontés et qui, chaque jour, se posent de manière plus aiguë, qu’il s’agisse du changement climatique, de la pénurie d’énergie et de la raréfaction des ressources, de la santé ou du vieillissement de la population. » En somme, il faudrait innover, non pour inventer un monde plus désirable que le nôtre, mais pour empêcher l’actuel de se déliter. Ce credo s’appuie sur l’idée implicite que le temps serait corrupteur, qu’il abîmerait les choses et la situation. Cette conception est aux antipodes de l’esprit des Lumières, pour qui le temps est au contraire constructeur à condition qu’on fasse l’effort d’investir dans une certaine idée du futur. Certes, les idées des Lumières étaient souvent naïves : ainsi, Condorcet imaginait qu’une sorte d’embrayage automatique relierait le progrès scientifique au progrès moral et politique… Les Lumières avaient en outre leur part d’ombre. Reste qu’elles théorisaient une vision du futur, et même un dessein pour le genre humain.

A-t-on raison de dire que nous sommes la « société du risque » ?

Laissé en jachère, le futur se laisse coloniser par la peur. C’est pourquoi la question du risque en est venue à catalyser l’angoisse que nous ressentons devant la perspective d’un avenir qui n’est ni configuré ni porté par un projet explicite. En outre, notre perception des risques est souvent construite au travers de multiples biais, ainsi, nous nous montrons beaucoup plus prompts à évaluer moralement ou économiquement les conséquences de nos actions plutôt que celles de nos inactions. Nous sortons des commémorations du 8 mai 1945, des images des camps ou des empilements de corps à Dresde. Il faut bien voir d’où nous venons ! Est-ce que les gens à l’époque se disaient : on est la société du risque ? Nous, nous nous laissons parfois séduire par les délices de l’effroi facile. Regardez ce qui s’est passé lors de la dernière éclipse de Soleil. Un tel phénomène, parfaitement prévisible, offre l’occasion d’une expérience pédagogique unique. Mais l’Éducation nationale a d’abord recommandé d’enfermer les élèves dans les classes, au nom du principe de précaution. Lequel n’avait rien à voir, car où était l’incertitude ? Heureusement, ces consignes ont finalement été modifiées, mais le ciel s’est quand même vengé : il a fait mauvais le jour J…

Le relativisme gagne du terrain. Dans un monde dominé par les technologies, n’est-ce pas paradoxal ?

Oui, même si un certain relativisme a certainement raison d’insister sur l’importance du contexte. Si Galilée avait vécu dans la forêt amazonienne, il n’aurait sans doute pas pu faire ses découvertes. Mais faut-il tirer de ce constat la conclusion que toutes nos connaissances seraient artificielles ? Il est permis d’en douter. Si l’atome et la physique quantique n’étaient que de simples constructions sociales, par quels miracles – oui, je dis bien miracles – serions-nous parvenus à concevoir des lasers ? Si les lasers fonctionnent, n’est-ce pas l’indice qu’il y a un peu de vrai dans les théories physiques à partir desquelles on a pu les concevoir, de « vrai » avec autant de guillemets que vous voudrez et un v aussi minuscule que vous le souhaiterez ? La prochaine fois que vous glisserez un CD dans votre lecteur laser, si vos oreilles entendent alors les Rolling Stones, ne sera-ce pas la preuve rétrospective que Max Planck, Albert Einstein et quelques autres avaient bel et bien compris deux ou trois bricoles non à propos d’eux-mêmes, ou de leur culture, mais carrément à propos des interactions entre la lumière et la matière ?

C’est pourquoi vous dites que les scientifiques doivent « cogner » ?

Je pense du moins qu’ils doivent monter au créneau pour entraver la propagation de ce que le sociologue Gérald Bronner appelle le démagogisme cognitif, cette ambiance qui donne du crédit aux points de vue les plus intuitifs, et parfois les plus erronés, sur toutes sortes de sujets. Pour l’alimenter, on déploie divers stratagèmes, à commencer par l’invocation du prétendu « bon sens ». Or il faut se méfier du bon sens. Prenez la pseudo-controverse laborieusement entretenue sur le changement climatique, parfois en faisant semblant de confondre météorologie et climatologie : « Vous avez vu, il n’a pas fait chaud-chaud le mois dernier à Paris ; alors, le changement, c’est pour quand ? »… Ce sophisme est bien sûr faux, mais il est éloquent et peut convaincre ceux qui sont les plus prompts à déclarer vraies les idées qu’ils aiment. La science, comme le reste, est devenue la cible d’un certain populisme.

Permettez-moi une anecdote. Lors d’un cours, alors que je venais d’effectuer un calcul montrant que, selon la théorie de la relativité, la durée d’un phénomène dépend de la vitesse de l’observateur, un étudiant prit la parole : « Monsieur, personnellement, je ne suis pas d’accord avec Einstein ! » Je crus qu’il allait défendre une théorie alternative, en tout cas qu’il allait argumenter, mais il se contenta de dire : « Je ne crois pas à cette relativité des durées, parce que je ne la… sens pas ! » En clair, ce jeune homme avait suffisamment confiance dans son « ressenti » pour s’autoriser à contester un résultat qu’un siècle d’expériences innombrables avait cautionné. Lorsqu’elle se transforme en alliée du narcissisme, la subjectivité semble avoir du mal à s’incliner devant ce qui a été objectivé, du moins si ce qui a été objectivé la dérange ou lui déplaît.

Entre connaissances et croyances, l’antagonisme a toujours existé, mais n’est-on pas à un moment charnière ?

Difficile à dire, car notre société se trouve parcourue par deux courants de pensée à la fois contradictoires et associés. D’une part, un attachement intense à la véracité, un souci de ne pas se laisser tromper, bref une attitude de défiance généralisée qui s’étend désormais jusqu’aux sciences les plus dures. D’autre part, une défiance aussi grande à l’égard de l’idée même de vérité : la vérité existe-t-elle ? se demande-t-on. Si oui, peut-elle être autre que relative, subjective, culturelle, contextuelle, éphémère ? La chose étonnante est que ces deux attitudes, qui devraient s’exclure mutuellement, se révèlent compatibles. Elles sont même mécaniquement liées, puisque le désir de véracité suffit à enclencher un processus critique qui vient ensuite fragiliser l’assurance qu’il y aurait des vérités bien établies.

La science rend l’homme de plus en plus puissant. À quoi doit servir ce pouvoir, et qui peut en décider ?

La connaissance scientifique a ceci de paradoxal que sa progression ouvre des options tout en produisant de l’incertitude, une incertitude d’un type très spécial : nous ne pouvons pas savoir grâce à nos seules connaissances scientifiques ce que nous devons faire d’elles. Par exemple, nos connaissances en biologie nous permettent de savoir comment produire des OGM, mais elles ne nous disent pas si nous devons le faire ou non. Depuis que l’idée de progrès s’est problématisée, cela devient affaire de valeurs qui s’affrontent et non plus de principes qui s’appliquent. Or les valeurs, moins universelles que les principes (la valeur d’une valeur dépend de ses évaluateurs), tendent à s’exhiber et à se combattre lorsque les principes, eux, reculent. C’est pourquoi les décisions en matière de technosciences sont devenues si difficiles à prendre, et sont si contestées lorsqu’elles sont prises. Elles le sont d’autant plus que nous avons compris de surcroît que nous ne pouvons pas connaître d’avance toutes les conséquences de nos actes : « L’homme sait assez souvent ce qu’il fait, avertissait Paul Valéry, mais il ne sait jamais ce que fait ce qu’il fait. » D’où une sorte de réflexe collectif qui nous conduit désormais à valoriser l’incertitude, la défiance, la perplexité. Finalement, c’est rien de moins que la question politique du projet de la cité, de ses fins, qui se trouve aujourd’hui posée : que voulons-nous faire socialement des savoirs et des pouvoirs que la science nous donne ? Y répondre présuppose de ne pas laisser les sciences et les technologies en lévitation intellectuelle.

Quel regard portez-vous sur ces scientifiques qui veulent nous rendre immortels ?

Feindre de confondre immortalité et grande longévité, c’est nous prendre pour des billes. En ce qui me concerne, je n’ai rien contre la perspective que j’aurai une fin puisque c’est d’elle que je tire ma vitalité. Mais bon, en la matière, rien ne presse.

Vous êtes plutôt Hobbes ou Rousseau ?

Une superposition quantique des deux, avec une pondération équilibrée. Vous avez écrit dans les colonnes du Point que la science était insuffisamment « mise en culture » à l’école… Donner le goût des sciences passe d’abord par donner du goût aux sciences, par les ré-érotiser. Je suggère une chose : qu’une fois l’an, depuis les classes primaires jusqu’au lycée, l’un des professeurs raconte aux élèves une « histoire de science », par exemple celle d’une découverte importante qu’il aura pris le temps d’étudier en détail : comment a-t-on compris que la Terre est ronde ? Qu’elle tourne autour du Soleil, qui lui-même tourne autour du centre de notre galaxie, qui lui-même… ? Le professeur devra expliquer comment les arguments se sont combattus, ce qui a fait que certains ont fini par convaincre. Cela montrerait par des exemples concrets comment les démarches des scientifiques aboutissent parfois à de véritables chocs. Or, pour l’esprit, qu’y a-t-il de plus pédagogique qu’un choc ? Quelqu’un qui sait que l’homme est là depuis trois millions d’années dans un Univers qui existe depuis au moins 13,7 milliards d’années ne pense pas son rapport au monde de la même manière qu’un autre qui croit que l’univers a 6 000 ans et que l’homme y est apparu tel qu’il est aujourd’hui. La connaissance nous permet d’interroger nos préjugés les plus solides. La découverte du boson de Higgs, par exemple, est venue contester le lien systématique que notre intellect établit entre l’idée de matière et celle de masse. Cela devrait intéresser au premier chef les philosophes, car il s’agit bien là de ce que Maurice Merleau-Ponty appelait une « découverte philosophique négative ». Attention, je ne suis pas en train de vous dire que la physique devrait coloniser la philosophie, seulement qu’elle éclaire certaines de ses questions et chatouille certaines de ses réponses.

Vos cours à Centrale sont, dit-on, des numéros d’improvisation. Faut-il maintenant quand on est professeur « assurer le spectacle » ?

Je ne vois pas qui a pu vous dire cela (sourire). Je n’utilise pas toujours de notes écrites, c’est vrai, mais je prépare très soigneusement le sujet dont je vais parler. Ce qui est improvisé, c’est ma façon de le mettre en scène. En fait, je tente de revenir à la base : l’enseignement, c’est du corps-à-corps. Lorsque je fais cours, je ne sais pas a priori ce que savent mes étudiants. Ce n’est qu’en les regardant que je me rends compte s’ils suivent ou non. Je peux ainsi adapter l’impédance de mon discours à l’auditoire tel qu’il est… Pour qu’il y ait transmission, il faut d’abord installer une ligne de transmission, n’est-ce pas ? C’est pourquoi je n’utilise plus guère de fichiers PowerPoint. D’abord, parce qu’ils font barrière entre celui qui parle et ceux qui écoutent. Ensuite, parce qu’ils créent l’impression que tout est déjà mis en boîte. Or un cours doit réserver une place aux chemins de traverse, au surgissement de la passion. J’irai même plus loin : je pense que les grands cours sont donnés presque dans une forme de transe.

Comment rendre notre système scolaire plus performant ?

Vaste programme, si j’ose dire. Prenez le statut de l’erreur. Apprendre, c’est commencer par ne pas savoir. Le rappel de ce truisme devrait suffire à modifier le regard qu’on porte sur l’erreur. Dans la phase d’apprentissage, elle ne saurait être considérée comme l’équivalent d’une faute morale, mais plutôt comme une étape nécessaire permettant de passer de l’incompris au compris.

Nietzsche a prédit que la passion pour la science allait forcément décroître au fur et à mesure que l’on s’apercevrait que, contrairement à la religion, à l’art, ou à l’idéologie, la science ne console pas…

Oui, il a écrit cela dans L’avenir de la science. Extrait : « Le goût du vrai va disparaître au fur et à mesure qu’il garantira moins de plaisir ; l’illusion, l’erreur, la chimère vont reconquérir pas à pas, parce qu’il s’y attache du plaisir, le terrain qu’elles tenaient autrefois : la ruine des sciences, la rechute dans la barbarie en seront la conséquence immédiate ; telle Pénélope, l’humanité devra se remettre à tisser sa toile après l’avoir défaite pendant la nuit. Mais qui nous garantira qu’elle en retrouvera toujours la force ? » J’ai lu ce texte à mes étudiants le lendemain des attentats de janvier, juste après la minute de silence. Cela a produit un effet certain sur eux.

Vous êtes donc un optimiste convaincu ?

Oui, puisque tout finit par s’arranger, même mal.

Le boson de Higgs

Sa découverte a confirmé, en 2012, que si les particules élémentaires ont une masse, c’est parce qu’elles se « frottent » au vide, qui n’est pas vide…

Le satellite « Planck »

Ses mesures sur le fond diffus cosmologique ont permis de déterminer avec une grande précision le contenu de l’Univers, c’est-à-dire les proportions de matière ordinaire, de matière noire et d’énergie noire.

« Rosetta » et « Philae »

Leurs prouesses ont éclairé les processus de formation des comètes.

Les cinq livres clés d’Etienne Klein

« Le monde selon Etienne Klein » (Champs, 2014) Pendant deux ans, sur France Culture, Klein a tenu une chronique hebdomadaire matinale. Il y a associé les Rolling Stones et Einstein, comparé vide quantique et paradis fiscaux, éclairé les films des frères Coen par le principe de superposition, ou présenté son bestiaire quantique. La physique au petit déjeuner a rarement été aussi appétissante. « Il était sept fois la révolution. Albert Einstein et les autres… » (Champs, 2005) Gamow, l’incorrigible farceur ; Ehrenfest, le fêlé tuant son fils trisomique avant de se suicider ; Pauli, dont l’ego n’a rien à envier à celui d’Ibrahimovic ; Schrödinger, le sensuel qui, entre les bras d’une maîtresse, trouve de bonnes ondes pour son équation… Tous, dans les années 20-30, ont révolutionné l’atome et sorti la physique de l’âge classique. A ces « conquérants du minuscule », hélas trop peu connus du grand public, Klein rend un hommage à la Sainte-Beuve. « Le facteur temps ne sonne jamais deux fois » (Champs, 2007) Chronos, la grande obsession d’Etienne Klein, qui, de livre en livre, court après la notion la plus déroutante de toute la physique. Remontant le fil du temps, entre physique et philosophie, cet essai débusque les abus de langage (non, le temps n’est pas un « fleuve qui s’écoule »), se demande si le temps est une donnée fondamentale de l’Univers et explique pourquoi l’existence est irréversible. Avec le temps, va, tout s’en va… « En cherchant Majorana. Le physicien absolu » (Folio, 2013) Prodige de l’ère quantique, Ettore Majorana s’est évaporé à l’âge de 31 ans du côté de Palerme, sans qu’on retrouve jamais son corps. Un génie évanescent, de la trempe d’un Galilée, mais handicapé face au réel. Suicide ou disparition organisée ? Fasciné par ce Rimbaud de la physique, Klein lui consacre une enquête modianesque. « Allons-nous liquider la science ? Galilée et les Indiens » (Champs, 2008) Science occidentale critiquée pour son arrogance et pour nous avoir coupés de la nature. Relativisme qui contamine même les étudiants en physique. Savants éclipsés par les footballeurs et les chanteurs… Alors que l’idée de progrès vacille, ce plaidoyer invite la société à retrouver le chemin de la connaissance.thomas mahler

Le chat de Schrödinger

L’un des pères de la mécanique quantique illustre par cette expérience de pensée l’étrangeté du comportement de la matière à l’échelle microscopique. Ainsi le chat dans sa boîte est décrit par la somme d’un chat mort et vivant. Une superposition d’états quantiques qui disparaît dès lors que l’on quitte le monde subatomique.