Le bon sens : Le pire ennemi de la vérité

Avec la crise du COVID, une avalanche de positions tranchées basées sur le « bon sens » a déferlé sur la toile. En effet, quoi de plus incontestable que le bon sens, l’intime conviction pour dénicher des vérités ? Si « je le sens », c’est que c’est vrai. Par exemple :

Les climatologues sont des imposteurs : la preuve, ils n’arrivent pas à prévoir le temps qu’il fera dans trois jours et nous donne portant des estimations pour les 30 prochaines années ! Un anonyme.

Ça parait en effet être frappé du bon sens, imparable, logique et éloquent, et pourtant c’est faux. Il y a bien d’autres exemples.

L’histoire des sciences a été une longue lutte contre les a priori, les sentiments, les évidences. Elle a été un long combat contre des dogmes établis. De grands penseurs sont ainsi tombés dans le piège de l’évidence. A commencer par Aristote qui, regardant le ciel, conclut que le soleil et les étoiles tournaient autour de la terre, que cette dernière était donc au centre de l’Univers. Il ajouta que l’Univers est éternel et qu’il est inchangé. Toutes ces thèses semblaient frappées du bons sens et furent partagées par le plus grand nombre jusqu’à Copernic (1543), soient 16 siècles ! Et encore, on a brûlé pas mal avant d’admettre qu’Aristote (et bien d’autres) s’était planté. On doit à Galilée, le premier scientifique moderne, le rétablissement de la vérité.

Galilée s’intéressa aussi à la chute des corps. Avant lui, il était en effet évident que plus un corps était lourd plus il tombait vite.

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La vitesse de la chute des corps est indépendante de leur masse

Galilée affirma, contre tout bon sens, que c’était faux. Dans le vide, tous les corps, quelles que soient leur masse, tombent à la même vitesse. Il frôla le bûchers pour avoir eu l’outrecuidance d’avoir raison. Il donna, par la même occasion, une existence au vide que l’on refusait d’admettre jusque-là (on pensait que le vide était plein d’une substance appelée ether). Le bon sens a ainsi trompé nos ancêtres sur ce sujet pendant 16 siècles.

Magellan au XVème siècle, à la suite du premier tour du monde, démontra que la terre était ronde ! Encore 15 siècles d’erreur à cause de notre lecture sentimentale de l’univers.

Darwin, contre vents et marées, osa avancer que l’homme n’avait pas été créé ex-nihilo, mais qu’il fut le résultat d’une longue évolution guidée par la sélection naturelle. La terre n’avait pas, contre toute évidence, 6000 ans, mais plusieurs millions d’années. Notre esprit humain n’étant pas préparé à de telles durées (et à l’idée qu’il descendait d’animaux inférieurs) refusa en bloc ces théories qui mirent du temps à être acceptée, mais sont toujours aujourd’hui combattues, contre toutes les évidences accumulées.

Faire de la science, c’est souvent penser contre son cerveau.

C’est remettre en cause ces certitudes, se tromper, recommencer jusqu’à faire correspondre les faits et la théorie. Le temps est-il universel ? Voilà une question qui heurte l’esprit, le bon sens ! Bien entendu, l’évènement « un train arrive en gare de Brest à 7 h 00 » est le même pour tous. Einstein montra pourtant le contraire dans sa théorie de la relativité restreinte en 1905. Le temps est différent pour tous les observateurs ! Voilà l’exemple le plus frappant d’une vérité contraire au bon sens. De même, il montra que quel que soit la vitesse de l’observateur (par exemple la moitié de la vitesse de la lumière), celui-ci verra les rayons lumineux toujours s’échapper à la même vitesse. Il aura beau courir après eux, ils fuiront toujours à 300 000 km/s. Voilà qui heurte les certitudes, mais fut vérifié depuis par plus de mille expériences. Il fallut attendre une éclipse solaire en 1919 pour que la thèse d’Einstein, selon la laquelle la lumière ne va pas toujours en ligne droite, soit vérifiée par l’expérience. Le bons sens refusait de voir de la lumière courbe.

Savez-vous que lorsque l’on s’intéresse aux petits éléments (atomes, électrons,..), on découvre des comportements pas très orthodoxes ? Ces petits éléments peuvent se trouver à différents endroits en même temps (intrication quantique), apparaitrent du vide avant de replonger pour toujours…

Le bon sens : le pire ennemi de la vérité – le cas de la COVID

Bref, notre bon sens est notre pire ennemi, car il est partagé par tout le monde, c’est-à-dire qu’il est majoritaire. Si la majorité dit que ça ne sert à rien de confiner un pays, c’est que c’est vrai. Regardez en Afrique, ils ne confinent pas et le virus ne circule pas. C’est bien une preuve ! Eh bien non, ce n’est pas une preuve ! C’est juste un sentiment, une opinion. La circulation étant le résultat d’une centaine de facteurs, on ne peut tout simplement rien dire. Il y a moins de mortalité à l’IHU à Marseille, c’est bien que l’hydrochloroquine est efficace ! Eh bien non. L’IHU n’ayant pas de lit de réanimation, les cas les plus graves sont transférés vers d’autres hôpitaux tout simplement. Notre intime conviction nous a encore trompé. Inutile de multiplier les exemples, nous nous contenterons de l’immortel citation d’un grand philosophe du XXème siècle.

Mieux vaut ne rien dire et passer pour un con que l’ouvrir et ne laissez aucun doute à ce sujet. Gustave PARKING.