J’ai lu Dominique LOUIS : 100% d’énergies renouvelables est une illusion

Commandé par Barbara Pompili, ministre de l’environnement, le rapport de Dominique Louis, patron du leader européen de l’ingénierie de projets Assystem, montre que fonctionner avec 100% d’énergies renouvelables (ENR) est possible (en théorie), mais impossible dans la vraie vie, en raison d’obstacles insurmontables d’ordres techniques et financiers.

Un des principaux obstacles est la variabilité des ENR et l’absence de solution crédible de stockage. Le solaire et l’éolien étant intermittents, des moyens complémentaires seraient nécessaires en cas d’absence de vent ou de soleil. L’hydraulique étant quasiment saturé, aujourd’hui aucune solution sur étagère n’existe (si on refuse le nucléaire).

Prenons le cas d’ l’hydrogène dont on parle beaucoup : ce système de stockage de l’énergie a un rendement catastrophique : il faut 8 kWh d’éolien pour fabriquer 1 kWh d’électricité « hydrogène ». Bref, la seule solution permettant de pallier l’absence de vent et de soleil (si on refuse le nucléaire) serait le gaz. Nos voisins Allemands sont d’ailleurs arrivés à cette conclusion. L’arrête du nucléaire allemand a conduit à une surconsommation de gaz naturel outre-Rhin et donc à une augmentation très nette des émissions de CO2.

Un autre problème se trouve dans les réseaux de distribution : aujourd’hui, nous avons des centres de production de masse (les centrales) qui alimentent au plus près les centres de consommation (les villes). Si on part sur une solution de production d’électricité à partir d’éolienne off-shore, il faudra relier tout ce petit monde (26 000 éoliennes) aux consommateurs. Un réseau est donc à construire qui ressemblerait à une véritable toile d’araignée aux multiples connections. Le coût, bien entendu, serait exhortant. Les difficultés liées à l’acheminent sous-marin de l’électricité serait aussi un véritable obstacle technique.

100 % renouvelables ? Yes we can ! Mais à condition (sans parler des coûts) d’accepter de se laver les mains quand il pleut et de se chauffer ou de se soigner que lorsqu’il y a du vent. Sinon, on tombe dans le paradoxe consistant à faire tourner des centrales au gaz et donc d’augmenter nos émissions de CO2. Par ailleurs, le problème va être accru avec l’électrification souhaitée des transports, du chauffage et de l’industrie.

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Le rapport n’évalue pas les coûts, qui feront l’objet d’une prochaine publication. Mais on sait déjà qu’ils seront colossaux : l’infrastructure de production devra être dimensionnée pour passer les pointes de consommation. Avec le nucléaire, on peut se positionner juste à la pointe. Avec du renouvelable, il faudra trois ou quatre fois la pointe… Sans être certains que cela suffise, puisqu’on ne sait pas stocker. L’élément le plus rédhibitoire, ce sont ces chiffres que personne n’aligne ! Le problème n’est pas le coût théorique d’un kWh à la sortie de l’éolienne, c’est le coût réel d’un kWh consommé chez soi : les auteurs le disent clairement. Dominique Louis.