Steven PINKER et le féminisme

Sur la philosophie des Quatre Chemins

Hommes et femmes – Après des millénaires d’oppression, la libération de la femme est une des grandes réalisations morales de notre espèce. Elle est le résultat de trois principales causes : l’extension du cercle moral, qui a également conduit à l’abolition de fléaux comme l’esclavage, le progrès technique qui a allégé les tâches ménagères mais surtout le mouvement féministe. On distingue en son sein l’opposition entre :

  • le féminisme de l’équité, héritier des Lumières, qui se bat contre les discriminations, en restant à l’écart de la psychologie et de la biologie,
  • le féminisme des genres, fondé sur les trois affirmations suivantes :
    • les différences entre les hommes et les femmes, en dehors des organes génitaux, n’ont rien à voir avec la biologie mais dépendent de l’attente des parents et de la société,
    • la vie sociale se résume à la façon dont s’exerce le pouvoir dont il est l’unique enjeu,
    • les relations humaines n’obéissent pas à des motivations individuelles mais à des rapports de forces entre des groupes, comme la domination du genre féminin par le genre masculin.

La visibilité médiatique des extrémistes des genres qui affirment que toute relation hétérosexuelle est un viol ou que toutes les femmes devraient être lesbiennes, discrédite à tort les militants de l’égalité. Plutôt que de nier les différences entre les sexes leur analyse permet de comprendre qu’elles sont compatibles avec le féminisme.

Les statistiques indiquent qu’en moyenne, les hommes disposent de meilleures capacités de représentation dans l’espace, qu’ils sont plus violents et moins fidèles que les femmes qui, en ce qui les concernent, sont plus attentives à leurs enfants, s’expriment mieux et ont de meilleures capacités relationnelles que les hommes. Au-delà des chiffres, les arguments suivants attestent de la réalité des différences entre les sexes :

  • dans toutes les cultures, on retrouve la même division du travail, la propension des hommes à la violence et les mêmes jeux de séduction. S’il n’existait pas de différence biologique, il est peu probable que le hasard ait systématiquement attribué le même comportement à chacun des deux sexes ;
  • les différences physiques et psychologiques constatées entre les hommes et les femmes correspondent aux contraintes biologiques de la reproduction et à la nécessité pour les femmes de s’investir davantage pour avoir une descendance alors que les mâles entrent en compétition pour pouvoir s’accoupler ;
  • les organes sexuels masculins et féminins produisent des hormones différentes qui affectent le comportement. La testostérone, secrétée par l’organisme ou prise par injection, provoque, chez les deux sexes, une excitation et une tendance à la violence alors que le taux d’œstrogène affecte le comportement des femmes au cours de leur cycle menstruel ;
  • plusieurs études montrent que de jeunes garçons privés de pénis, suite à une malformation ou à un accident, et opérés pour changer de sexe, ont un comportement masculin et se sentent prisonniers d’un corps féminin, alors que leurs parents et la société attendent d’eux qu’ils agissent en femme.

Bien entendu, si les différences biologiques entre les sexes existent, elles ne justifient aucune domination.

Une des principales inégalités que subissent les femmes tient dans le fait qu’elles ont en moyenne des salaires inférieurs à ceux des hommes et un accès plus restreint aux postes à responsabilités. S’il n’est plus à démontrer que les femmes peuvent occuper des postes à haut niveau, ni que la discrimination dans le travail est une réalité, les proportions d’hommes et de femmes qualifiés dans chaque domaine doivent-ils strictement être les mêmes ? On constate qu’une majorité de femmes choisissent des professions nécessitant des qualités relationnelles ou artistiques, alors que les hommes s’orientent davantage vers des activités scientifiques et théoriques plus rémunératrices. De plus, les femmes choisissent souvent de consacrer du temps à leurs enfants au détriment de leur carrière ou décident d’arrêter de travailler. Ces choix correspondent à leurs spécificités biologiques. Vouloir la parité suppose que nous soyons des tables rases. Toutefois, ces constats ne portent que sur des moyennes et ne doivent pas devenir des règles conduisant à barrer la route aux femmes qui optent pour les mathématiques, la modélisation 3D ou qui aspirent à des postes à responsabilités.

Le féminisme doit défendre le droit des femmes de choisir leur vie professionnelle suivant leurs aspirations et s’abstenir de leur assigner l’objectif de faire mieux que les hommes dans tous les domaines. Loin de nier la réalité de la discrimination envers les femmes ou de plaider pour un statu quo, il s’agit de laisser les femmes libres de leur choix et permettre à chacun de trouver sa place dans la société.

Le viol est une autre question brûlante relative aux relations entre les sexes. Jusque dans les années 1970, les victimes étaient traitées avec une désinvolture scandaleuse par les tribunaux. L’ouvrage Le viol de Susan Brownmiller paru en 1975 eut le mérite d’ouvrir le débat du consentement. En revanche, sa thèse ne mérite pas son statut de catéchisme moderne. Elle affirme en effet, en se fondant sur la théorie de la table rase, que le viol n’a aucun rapport avec la sexualité, qu’il est une arme de la domination masculine promue par la société patriarcale et qu’il faut donc changer la société et l’éducation des hommes pour l’éradiquer. Cette thèse se fonde également sur la doctrine du bon sauvage : les relations sexuelles sont naturelles donc bonnes. Le viol est mauvais, donc il ne peut pas être naturel.

Une étude réalisée en 2000 par Thornhill et Palmer fait une hypothèse alternative en décrivant le viol comme une stratégie de reproduction opportuniste issue de l’évolution : les hommes rejetés par les femmes violent pour se reproduire, transmettant ainsi leurs gènes et en particulier ceux qui les ont poussés au viol. Les victimes quant à elles souffrent du risque de procréer avec un partenaire qu’elles n’ont pas choisi pour la qualité de ses gènes, ni pour son désir de s’impliquer dans l’éducation de l’enfant. Le viol est ainsi une façon pour l’homme de faire prévaloir ses intérêts reproductifs sur ceux de la femme. Thornhill et Palmer se sont vu reprocher de tenter de légitimer le viol alors qu’ils ne cherchaient qu’à en comprendre les causes.

De nombreux autres éléments confortent leur hypothèse et attestent que le viol est lié à la sexualité :

  • il existe dans le règne animal et dans toutes les sociétés humaines ;
  • il implique rarement des blessures ou le meurtre de la victime ;
  • la majorité des femmes violées sont en âge de procréer, leur âge moyen est de 24 ans ;
  • les auteurs de viols sont généralement des hommes jeunes. Si la société leur avait appris à violer, il serait logique qu’ils continuent une grande partie de leur vie.

Par ailleurs, on constate une recrudescence de viols en période de guerre ou d’effondrement des repères sociaux. Si la société promeut le viol, son effondrement devrait au contraire le faire disparaître.

Enfin, l’affirmation de l’absence de lien entre le viol et la sexualité décourage la recherche de solutions biologiques, telles que la castration chimique destinées à agir sur les pulsions sexuelles.

La discrimination envers les femmes est inacceptable et le viol est un crime. Pour progresser dans ces deux domaines, il faut distinguer les forces à l’œuvre en s’appuyant sur des données scientifiques et en accompagnant les féministes de l’équité plutôt que d’opter pour les impasses idéologiques des féministes des genres.

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