Steven PINKER et les enfants

Sur la philosophie des Quatre Chemins

Les enfants – La génétique du comportement a permis d’établir, à partir du traitement de données quantifiées par des outils statistiques rigoureux, les trois lois suivantes :

  • 1e loi : tous les traits de comportement humains sont héritables,
  • 2e loi : l’effet d’être élevé dans la même famille est moins grand que l’effet des gènes,
  • 3e loi : une proportion substantielle des variations dans les traits du comportement humain ne s’explique pas par les effets des gènes ni par ceux de la famille.

Ces lois sont souvent mal interprétées dans le débat nature-culture malgré leur robustesse. Examinons-les.

1e loi – Les études réalisées sur de vrais et de faux jumeaux, élevés ensemble ou séparément, établissent qu’environ 40 à 50% de la personnalité, des variations de l’intelligence et des événements de la vie sont héritables. Il en va donc ainsi de l’aisance verbale, de la profondeur des sentiments religieux, de l’ouverture intellectuelle, de l’extraversion, de la stabilité émotionnelle ou des démêlés avec la justice.

2e loi – L’environnement partagé est ce qui influence de la même façon les membres d’une fratrie : les parents, le milieu… L’environnement unique est ce qui influence spécifiquement un membre de la fratrie : favoritisme des parents, maladies graves, accidents… Les études réalisées sur de vrais et de faux jumeaux, élevés ensemble ou séparément, sur des frères et sœurs, élevés ensemble ou séparément et sur des frères et sœurs adoptifs, montrent que l’influence de l’environnement partagé est faible, entre 0 et 10 %.

3e loi – Le traitement statistiques des données recueillies montrent que l’environnement unique est responsable de 50% des traits du comportement. C’est pourquoi notamment les vrais jumeaux élevés ensemble présentent des variations en termes d’intelligence et de comportement.

Ces résultats portent sur des variations au sein d’une large classe moyenne américaine incluant des environnements éducatifs et philosophiques très variés. Toutefois, ils ne s’appliquent pas aux cas de maltraitance, de viol ou d’abandon d’enfant. Par ailleurs, la corrélation entre des gènes et des traits de comportement ne signifie pas systématiquement un lien direct de cause à effet.

Les experts du comportement ont tous leurs conseils pour rendre les enfants intelligents et équilibrés. En suivant leur raisonnement, les enfants élevés dans une même famille devraient se ressembler. Or ce n’est pas le cas. Ces conseils sont des balivernes. Ils se fondent sur le postulat d’un lien de cause à effet entre le comportement des parents et celui des enfants et ignorent l’influence des gènes et celle du comportement des enfants sur l’attitude des parents. La génétique du comportement a établi à partir de données statistiques que les traits comportementaux d’un enfant ne sont pas affectés par la taille de sa fratrie, son rang de naissance, ni par le fait que sa mère travaille ou non que ses parents soient mariés ou non, comme l’indique la 2e loi.

En 1988, Judith Rich Harris a publié l’ouvrage The Nurture Assumption – Le présupposé de la culture – dans lequel elle démontre que ce qui, dans la construction de la personnalité de l’enfant, ne vient pas des gènes vient des pairs, de la fréquentation des autres enfants. Cette théorie de la socialisation par le groupe, très critiquée en son temps, s’appuie sur de nombreux constats :

  • les enfants sont attirés par les normes de leurs pairs et imperméables aux attentes de leur parents,
  • les enfants d’immigrants parlent sans accent la langue du pays d’accueil contrairement à leurs parents,
  • les jeunes taguent les murs comme leurs pairs mais ne font pas le ménage comme leurs parents.

Réduisant l’influence des parents au choix d’un environnement et donc de pairs ainsi qu’à la transmission de savoirs The Nurture Assumption apporte une contribution majeure au débat.

Mais la socialisation par le groupe n’explique pas entièrement la personnalité. Le message génétique étant insuffisant à coder le détail des connexions des neurones, le hasard joue également un rôle important dans la construction du cerveau et par conséquent de la personnalité.

Si l’attitude des parents est presque sans effet sur la personnalité des enfants, cela n’enlève rien au fait qu’ils doivent les entourer de bienveillance et d’affection par impératif moral et pour partager un bonheur réciproque.

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