plaidoyer contre le principe de précaution

Lorsque des incertitudes règnent, lorsque nous n’avons pas tous les éléments en main, alors le principe de précaution exige que nous ne fassions rien. c’est un peu abrupte, mais reflète quand même la réalité.

Quelques rappels historiques sur le principe de précaution

On trouve sa première occurrence dans Loi Barnier du 2 février 1995 sur la protection de l’environnement :

L’absence de certitudes, compte tenu des connaissances scientifiques et techniques du moment, ne doit pas retarder l’adoption de mesures effectives et proportionnées visant à prévenir un risque de dommages graves et irréversibles à l’environnement, à un coût économiquement acceptable.

Le 28 février 2005, le principe de précaution, porté par la Charte de l’environnement, est entré dans le préambule de la Constitution de 1958, s’installant ainsi au sommet de la pyramide des textes régaliens. Au passage, trois autres principes sont venus le compléter

  1. le droit de vivre dans un environnement équilibré respectueux de la santé
  2. la réparation des dommages causés à l’environnement
  3. l’obligation de prévenir ou de limiter les atteintes portées à l’environnement

Une première remarque – personne ne l’applique à titre individuel

Lorsqu’un individu traverse une route (même sur un passage prévu à cet effet), il prend un risque qui peut être estimé à 10-3 (une chance sur mille de se faire renverser). Pourtant, il traverse. Lorsqu’il enfourche son vélo, il prend à peu près le même risque, et pourtant… Dans la vie quotidienne, chaque individu s’assoit donc de multiples fois sur ce principe. Il mange du sucre, des graisses saturées, prend sa voiture, utilise des appareils électriques, des déodorants, des parfums… Chacun évalue inconsciemment et en permanence :

  • le risque qu’il prend (le calcul est alors subjectif) dans chacune de ses décisions ;
  • et le bénéfice attendu.

Si je traverse la route, je pourrai acheter du pain et le plaisir en retour sera supérieur au risque. Remarquons que nous comparons alors des choux et des carottes, puisqu’au dénominateur nous avons une probabilité d’accident (10-3) et au dénominateur un plaisir subjectif.

Deuxième remarque – le problème de la proportion

Comment prendre des mesures « proportionnées » (comme le dit le texte), lorsque le risque n’est pas caractérisé ? A titre d’exemple, quelle mesure serait « proportionnée » pour le risque lié à la pollution atmosphérique, en considérant que :

  • même de faibles concentrations en polluants nuisent à la santé ;
  • toutes les études sur ce sujet sont entachées d’énormes incertitudes ?

L’application du principe de précaution exigerait l’arrêt immédiat de toutes les sources d’émissions anthropiques, même les plus anodines (voitures, usines, peintures, élevages, numérique,..). Or, manifestement, ce n’est pas ce que l’on constate.

Pour le cas de la fermeture des usines, il pourrait être invoqué les pertes d’emplois induites, les divorces, les déménagements, les suicides pour remplir la colonne « bénéfices attendus dans le cas du maintien de l’activité. Mais comment comparer un risque non-nul de leucémies (lié à la pollution) et les pertes d’emplois (pour ne prendre que cet exemple) ? Un fois de plus, choux et carottes sont comparées.

Troisième remarque – un frein pour la science

Appliqué à la médecine, le principe de précaution aurait empêcher Pasteur de découvrir le vaccin contre la rage. Il a en effet pris des risques qu’il ne savait pas mesurer. La télévision n’existerait pas non plus (ni tous les écrans inventés depuis : radiographie, scanner, IRM,… ) étant donné les risques pris pour leur développement dans un contexte d’incertitudes élevées. La voiture serait passée à la trappe, car on émettait au XIXème siècle alors le risque de dépassements d’organes. On pourrait multiplier les exemples à l’infini et résumer les effets délétères du principe de précaution en une phrase ; l

Le principe de précaution est un sérieux frein aux avancées scientifique.

Quatrième remarque – source de recours perpétuelle

Le principe de précaution est du pain béni pour les cabinets d’avocats. Qui serait en effet assez présomptueux pour affirmer que le risque nul existe ? Quel que soit la décision, peut-on dire qu’elle est prise dans une parfaite maîtrise des risques ? C’est rigoureusement impossible. Donc, toute décision, notamment politique, est attaquable en s’appuyant sur la charte de l’environnement. Puisque la défense (celui qui a pris la décision) est dans l’incapacité mathématique de tout démontrer, elle sera mécaniquement fragilisée.

Par exemple, on pourrait attaquer le principe de la voiture au motif qu’il suppose le raffinage du pétrole et le transport (au combien dangereux) de l’or noir sur les mers du globe… On pourrait contester l’existence des cinémas, au prétexte du déplacement nécessaire (au combien dangereux !), mais également en raison du risque de transmission de maladies, sans parler de la consommation excessive de pop-corn. Les restaurants (qui servent des matières grasses suturées) devraient également être fermés, ainsi que les lieux de loisirs (stations de ski, parcs, coulées vertes, marchés, commerces..) puisque des accidents de personnes y sont recensés.

Cinquième remarque : vivre, c’est prendre le risque de mourir

Eh oui ! Nous n’avons jamais été autant en danger de morts que depuis que nous sommes nés. Vivre, pardon de le rappeler, c’est risqué. Manger, boire, faire du sport, faire l’amour (le risque d’accident cardio-vasculaire est de 3.5 10-4: 3 chances sur dix mille) c’est risqué. Le contraire également !

Le risque est ce qui fait la saveur de la vie. Vivre de manière aseptisée, dans un cocon étanche aux dangers du monde, c’est déjà être un peu mort.