Pass sanitaire et dictature

Shoah, apartheid…, ce sont des mots qu’il est indécent de mêler à cette affaire de pass sanitaire. Non, nous ne sommes pas dans une dictature. Ces gens sont indécents, ce sont des complotistes, des dingues qui se prennent pour Camille Desmoulins ! La révolution de 1789 est la matrice de ce qui se passe aujourd’hui… Les gens n’ont pas oublié et crient à la dictature à chaque fois qu’un problème se pose. C’est trop facile ! Malhuret – Sénateur.

Un petit rappel sur Camille DESMOULINS : c’est lui qui, le 12 juillet 1789, dans les jardins du Palais Royal, a exhorté les Parisiens à prendre les armes. Il fut sans doute l’instigateur de la prise de la Bastille deux jours plus tard :

M. Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d’une Saint-Barthélémy des patriotes : ce soir, tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Champ-de-Mars pour nous égorger. Il ne nous reste qu’une ressource, c’est de courir aux armes et de prendre des cocardes pour nous reconnaître. Camille DESMOULINS.

Déjà, DESMOULINS savait jouer avec la théorie du complot, car ce ne fut que dans son discours que l’on découvrit des bataillons suisses et allemands. Mais, en revanche, ses dénonciations permanentes de l’absolutisme royal étaient ancrées dans une réalité bien concrète… Nous étions au temps de la monarchie absolue, du pouvoir d’un seul, un temps aujourd’hui révolu où un mot de travers vous conduisait à l’échafaud.

Alors lorsque les PHILIPPOT, DUPONT-GNANGNAN, BINOCHE, BARDOT, DUPEYRET, BIGARD, MARCEAU… et tout un tas d’autres scientifiques de haut-niveau du même acabits, utilisent le terme « dictature », il y a de quoi s’étrangler ; lorsque les manifestants utilisent le symbole de l’étoile jaune, il y a de quoi vomir ; lorsque des crétins croient intelligent de dessiner sur leurs pancartes le symbole SS, il y a de quoi interroger leur santé intellectuelle (ou peut-être ont-ils simplement fait péter les cours d’histoire).

Incroyables Français, enfants gâtés du monde, éternels râleurs, jamais contents, se méfiant de tout (sauf de leurs convictions), n’existant que par la critique, ne balayant jamais devant leur porte, toujours prêts à dénoncer les autres sans jamais se remettre en cause.

La notion de liberté

Tous ces joyeux lurons de la contestation, ces clowns tristes de la philosophie reprochent au gouvernement la suppression des libertés ! Ah ? Ont-ils un peu réfléchi à cette notion extrêmement fragile et précise de liberté ? Depuis HOBBES (Le Léviathan) et surtout ROUSSEAU (Le contrat social), il est acquis que, dans une société du vivre-ensemble, la liberté n’est pas totale. Eh oui, messieurs et mesdames de la philosophie à deux balles, depuis John-Stuart MILL on sait que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres.

La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Article IV.

La liberté n’est donc pas totale ! On ne peut pas rouler à 200 km/h sur l’autoroute ! On ne peut pas peindre sa façade en vert-pomme ! On ne peut pas uriner sur la porte du voisin…

C’est l’intérêt général, et seulement ce dernier, qui guide le législateur. Et souvent la défense de l’intérêt général opprime les libertés individuelles. On ne peut pas faire du bruit dans la rue, car on gène le voisinage ; on ne peut pas fumer dans un espace publique, car on nuit à la santé des autres ; on ne peut pas incinérer des déchets verts dans son jardin, car on enfume le village…

La loi est l’expression de la volonté générale. [..]. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Article VI.

La liberté sans limite serait immanquablement la guerre de tous contre tous, le plus fort l’emportant sur le plus faible. Elle n’existe (en théorie) que dans l’état de nature cher à Hobbes où « l’homme était un loup pour l’homme ». Dans une société digne de ce nom, la liberté est garantie par la Loi. C’est pour cette raison que la déclaration des droits de l’homme et du citoyen a, dans son article 12, prévu la création d’une police ! Eh oui ! Pour que liberté s’exprime, une force publique doit la garantir !

La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc constituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux à qui elle est confiée. Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Article XII

Donc, il peut, sur certains aspects, être donné raison à ces hurluberlus galactiques : la vie en société suppose de renoncer à notre capacité infinie de nuisance. Certaines de nos pulsions sont en effet bridées par la loi. En échange, la même loi garantit une égalité de traitement et la force que génère le groupe.

Liberté et vaccin

« Quel rapport avec la vaccination. Je gène qui si je refuse la vaccination ? » Entend-on ça et là…

La comparaison avec la cigarette peut alors aider à éclairer les têtes les plus obscures : en refusant la vaccination, les nouveaux philosophes de cours d’école favorisent la circulation du virus, sa mutation, exposent leurs voisins à de nouveaux risques… En pensant (en toute sincérité) protéger leur auguste personne, ils mettent en danger le reste de la société. Et c’est là que la Loi trouve tout son sens : elle est là pour fixer les règles visant à protéger l’intérêt général. Elle est certes liberticide pour l’individu (au sens individuel du terme) mais protectrice pour le reste de la société.

L’individu qui refuse de poser sa cigarette (au nom de la liberté) fait la même erreur : il confond « SA liberté » avec « LA liberté ». Il met son entourage en dangers (entourage qui n’a rien demandé). Il en est de même du chauffard.

Si par malheur, la rentrée s’illustre d’un nouveau confinement (qui sera la conséquence d’un faible taux de vaccination), alors LA liberté aura perdu face aux vociférations des trublions déjà cités qui n’auront en fin de compte rien gagné.

Un commentaire sur “Pass sanitaire et dictature

  1. Gageons que si nouveau confinement il y a, ceux qui sont contre les vaccins s’y opposeront aussi au nom de la liberté.
    Le problème est que dans cette histoire, comme pour plein d’autres sujets, chacun défend son intérêt. Les vieux on intérêt au vaccin pour tous, leur vie vie est faite et ils risquent gros s’ils chopent le COVID, les jeunes n’ont rien à en attendre de plus que du vaccin contre la grippe et, dans le doute sur d’improbables effets secondaires ils s’abstiennent. Et ceux qui sont contre le gouvernement peuvent facilement lui reprocher ses erreurs du début de crise (qui sont réelles comme ses déclarations sur l’inutilité du masque) pour discréditer son action et mettre en doute sa parole.
    On n’est pas sorti le cul des ronces pour reprendre l’expression imagée bien connue.