J’ai lu pour vous l’édito de Michel ONFRAY dans la revue Front Populaire (n°6)

Michel ONFRAY penche du côté de Hobbes plutôt que de ROUSSEAU. Pour Michel ONFRAY, l’homme est bien un loup pour l’homme. L’homme « naturellement bon » de ROUSSEAU n’existe pas. Le philosophe de Genève l’avait d’ailleurs précisé dans son Discours dur l’origine de l’inégalité parmi les hommes. On peut ajouter que MAGELLAN l’avait constaté lors de son voyage autour du monde pendant lequel il avait eu tout le loisir d’observer ces « bons sauvages » qui se mpangeaient les uns les autres ou s’entretuaient pour la pacotille distribuée par les explorateurs.

Lorsque ROUSSEAU écrit que « Le premier qui ayant enclos un terrain, s’avisa de dire, ceci est à moi, et trouva des gens assez simples pour le croire, fut le vrai fondateur de la société civile et du mal » , il accepte, dans le même temps, que, dans un monde naturel idéal où les hommes étaient égaux, certains étaient plus égaux que d’autres, plus malins, plus fourbes, plus entreprenants. L’inégalité et tous ses travers faisaient en fait partie de l’humanité naturelle. HOBBES explique ce phénomène (bien avant Darwin) par notre descendance animale : les animaux se comportent ni bien, ni mal, ils suivent simplement les lois de la nature et le plus fort mange le plus faible.

Pour HOBBES, cet état de nature fut une guerre éternelle de tous contre tous, à laquelle il convenait de mettre fin par le contrat social : chacun accepte de renoncer à sa part animale (sa faculté de nuisance), de respecter une loi commune (à travers un contrat social) et en échange obtient la sécurité offerte par le groupe. Cette sécurité est notamment permise par l’instauration d’un corps doté du droit de violence légale visant à faire respecter la loi : la police. Sans police, pas de sécurité. Voilà pourquoi RENAUD, anarchiste parmi les anarchistes, se rendit compte qu’il n’est pas idiot « d’embrasser un flic ».

Au contraire de Michel ONFRAY, les pères de la Révolution de 1789 furent des aficionados de ROUSSEAU. L’homme est naturellement bon et c’est la société qui le pervertit. Leurs héritiers actuels (BELLOUBET, TAUBIRA, DUPONT-MORETTI) ont repris cette tendance à tout excuser : ce n’est pas de leur faute s’ils ont cramé le bus scolaire, c’est celle de la société, du capitalisme, de la mondialisation qui en ont fait des sauvages. Il vaut mieux corriger la société plutôt que les individus. On supprime ainsi les peines de prison et on les remplace par des stages de citoyenneté… On condamne les violence policières (pourtant légalement introduite dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789), on s’insurge contre « les privations de liberté » que son la vidéosurveillance, le contrôle d’identité et on minimise une gifle donner un policier (qui l’aurait bien cherché). On fait de la sœur TRAORE une icône de défense contre les injustices !

Or il n’y a rien de sauvage à vouloir arrêter la sauvagerie, seulement l’application de la loi commune acceptée par tous. L’abolition de la police ne conduirait pas à une société pacifiée, bien au contraire. La délinquance, particulièrement résiliente, survivrait. SCHOPENHAUER décrivait l’homme comme « un animal frappeur ». DARWIN le confirma et montra son origine animale. Retirez la police et vous retomberez dans cet univers glaçant de la guerre de tous contre tous, un univers régit par une autre loi barbare.