Brève Histoire du Wokisme

Le wokisme tient son nom du participe passé anglais (woke) du verbe réveiller (wake) et du substitutif « isme » (utilisé pour désigner une idéologie ou une théorie, religieuse (arianisme) ou politique (marxisme).

Il faut remonter à la fin du XIXème siècle et de rendre à Francfort où l’école éponyme a mis en place la «théorie critique» qui visait à questionner les structures de pouvoir à la base de la société.

La théorie critique vise à libérer les êtres humains des circonstances qui les asservissent. École de Francfort.

C’est une vision manichéenne de l’occident où cohabitent oppresseurs et opprimés. Toute hiérarchie, qui suppose un lien de subordination (mari-épouse, parents-enfants, maîtres-autels, blanc-noir, hétérosexuel-homosexuel…), doit être dissoute ; point de départ de la construction d’une nouvelle société.

Le Woksime ne s’inscrit pas dans la continuité des Lumières qui cherchaient, au XVIIIème siècle, également à émanciper l’homme des chaines forgées par la la religion en s’appuyant sur la raison ; la science, pour le wokiste, est un instrument de domination de la suprématie blanche, comme l’amour du travail bien fait, le salariat…

Dans les années 70, le wokisme a pu proliférer dans nos société occidentales en manque de Dieu (que Nietzsche en particulier avait tué). Le woksime, en quelque sorte, a comblé le vide dont la nature à horreur. L’homme, quoi qu’il en dise, se sentant perdu sans une boussole divine, se crée de nouvelles religions : le woksime est, à ce titre, une nouvelle religion, certes civile, mais une religion tout de même.

Le woksime: une religion ?

Le woksime dispose de tous les outils propres à une religion : il dispense une vérité (la sienne) et condamne ceux qui n’y adhérent pas. Il a ses martyres (les oppressés), une morale, ses péchés (les privilèges), ses rites (s’agenouiller pendant un hymne), la valorisation des faibles (les vitimes). Nier l’existence de cette vérité relève immanquablement du péché. La dénonciation de l’état « révélé » du système oppresseur-oppressé donne une marche à suivre en vue de la rédemption. La liberté est à ce prix. Cette vérité est diffusée par une sorte de clergé dans le cadre de « formation à la sensibilité ». Les adeptes (croyants peut-on dire aussi) ont conscience de faire partie d’une grande communauté (qui œuvrerait pour le bien commun) et que leur personne n’est rien à côté de l’idéal.

Pour être un adepte, une autocritique (si possible publique) est nécessaire. Vous devez vous « déconstruire », reconnaitre (si vous êtes blanc) que vous faites partie de la classe des oppresseurs et faire amende honorable, dans le cadre d’une saine pénitence : en bref vous redevenez un « pauvre pécheur », dès le premier œil ouvert, comme saint Augustin l’avait théorisé au IVème sicle pour les chrétiens.

Certaines religions regardent vers le haut, elles regardent Dieu et elles ont peur du péché, mais elles font attention à Dieu, et elles pensent au renouveau, elles pensent à la rédemption, elles pensent au pardon. Et puis certaines religions regardent vers le bas, et ne font que regarder le péché. Si vous regardez vers le haut, alors la religion peut être formidable, elle peut conduire les gens dans le développement spirituel, la communauté et ainsi de suite, mais si vous regardez vers le bas, si vous êtes obsédé par le péché, vous allez commencer à être obsédé par le péché de tout le monde aussi. James Lindsay.

Les idées de péché (privilège) de droiture (victimisation) et de damnation (canceling) sont bien établies au sein du wokisme. S’il propose des rites de pénitence (la «prise de conscience de ses privilèges», la «solidarité avec les minorités») et de piété (s’agenouiller pendant l’hymne ou poster des carrés noirs), ce qu’il n’offre jamais, c’est le pardon. Dans une récente interview avec Dave Rubin, le théologien Nathan Finochio a décrit le phénomène:

«Si je suis enfermé dans le groupe des oppresseurs, sans possibilité de m’en échapper, il ne peut pas y avoir de pardon, s’il n’y a pas de repentance, n’est-ce pas? C’est bien ça l’idée? Je suis donc perpétuellement un pécheur, et je vais continuer à perpétuer le groupe oppresseur, et il n’y a rien que je puisse faire. Il est évident que la cancel culture est en fait la conclusion logique de la théorie critique… parce qu’il faut se débarrasser de la classe oppressive.»

Différences avec le christianisme

Ce qui est si abominable dans le wokisme, c’est qu’il joue régulièrement sur les meilleures motivations des gens, comme la compassion et le désir de justice. La plupart des gens ont un désir sincère de voir la vie des autres s’améliorer, et de nombreux chrétiens se sont engagés dans ces idées comme si elles étaient en accord avec les enseignements du Christ. Bien sûr, il existe des inégalités dans notre société, où la justice est nécessaire. Il n’en reste pas moins que le wokisme interprète différemment les concepts de vérité, de justice et d’équité et ne laisse aucune place à d’autres façons d’aborder ces questions. Le wokisme est incompatible avec la vision biblique du monde, car il s’en distingue de plusieurs façons essentielles.

Premièrement, il attribue une culpabilité ou une innocence intrinsèque à l’individu en fonction de son identité de groupe, indépendamment de ses actions individuelles.

Proverbes 17:15: Celui qui justifie le méchant et celui qui condamne le juste sont tous deux en abomination au Seigneur.

La croyance qui est au cœur de la culture occidentale, c’est que chaque individu est créé à l’image de Dieu et mérite donc intrinsèquement la dignité et le respect. Cette idée est également à la base de notre système juridique. Dans le cadre moral biblique, l’individu est responsable de ses actes devant Dieu. L’idée que le péché ou la justice puissent être hérités en fonction des caractéristiques naturelles d’une personne, comme la race, le sexe ou l’ascendance, a été réfutée lorsque le Seigneur a parlé au prophète Ézéchiel.

Ézéchiel 18:1-3: La parole du Seigneur me fut adressée: «Que veux-tu dire en répétant ce proverbe sur le pays d’Israël: «Les pères ont mangé des raisins aigres, et les dents des enfants en ont été agacées»? Je suis vivant, déclare le Seigneur Dieu, et ce proverbe ne sera plus utilisé par vous en Israël. Voici, toutes les âmes sont à moi; l’âme du père comme l’âme du fils sont à moi; l’âme qui pèche mourra.

Le Nouveau Testament va encore plus loin en disant que «désormais, donc, nous ne considérons plus personne selon la chair.» (2 Corinthiens 5:16). En tant que disciples de Jésus, nous ne devons pas juger les gens sur la base d’identifiants naturels (race, âge, sexe, etc.); au contraire, nous devons les évaluer sur la base des normes morales des Écritures et les traiter comme des égaux, créés par Dieu.

Deuxièmement, le récit de la rédemption que le wokisme met en avant est totalement antinomique au récit chrétien. Les récits bibliques présentent le modèle de l’individu, en relation avec Dieu, comme le mécanisme principal de la rédemption du monde. Ce modèle culmine avec le Christ, l’homme parfait et le sacrifice pour les péchés du monde. Notre croyance en son œuvre achevée et notre soumission à sa seigneurie sont notre motivation pour agir avec justice dans le monde. Par conséquent, le comportement chrétien idéal est celui de la miséricorde, de la paix, de la bonté et du pardon.

Le wokisme, en revanche, présente le modèle rédempteur de divers groupes qui se disputent le pouvoir au sein d’un système intrinsèquement oppressif. Dans cette vision tribaliste du monde, la seule chose qui existe est le pouvoir, et si seul le pouvoir existe, alors le pouvoir et le contrôle sont nécessaires pour démanteler un système corrompu. Dans ce récit de rédemption, la violence est facilement justifiée. Pour cette raison, nous avons vu de violentes émeutes, et pas seulement des protestations pacifiques, balayer l’Amérique au cours des deux derniers mois [été 2020].

Dans cette vision tribaliste du monde, la seule chose qui existe est le pouvoir, et si seul le pouvoir existe, alors le pouvoir et le contrôle sont nécessaires pour démanteler un système corrompu.

Futurs possibles

La culture occidentale a déjà atteint son point de basculement. La théorie critique est devenue la philosophie sociale dominante, et le wokisme est devenu la nouvelle religion civile. Il y a deux manières concevables dont notre avenir va se dérouler. La première est que le wokismese dévorera lui-même et se dissoudra parce que ces idéologies sont intrinsèquement auto-destructrices. Si la seule chose qui existe est le pouvoir, alors les structures de pouvoir corrompues doivent être détruites. Il se pourrait qu’un nombre suffisant de personnes commencent à se réveiller à la dissonance cognitive qui nous est imposée, mais c’est une vision incroyablement optimiste de la situation actuelle.

Ce qui est plus probable, c’est la deuxième option, à savoir que ces idées seront poussées jusqu’à leur conclusion logique. Dans l’interview mentionnée ci-dessus, Nathan Finochio a dit que «la culture de lannulation est en fait la conclusion logique de la théorie critique… parce quelle doit se débarrasser de la classe oppressive». Rubin a répondu ainsi:

«Je déteste te le dire, mais je pense que cest la décapitation qui est la conclusion logique de la culture de lannulation.»

Nous avons déjà vu une zone autonome appelée CHOP (acronyme signifiant aussi ‘couper’: allusion à la Révolution française), et une guillotine montée devant la maison de Jeff Bezos. Les gens semblent croire qu’une chose comme le «Grand Bond en avant» chinois ne pourrait pas se produire dans le monde occidental, mais c’est précisément cette croyance qui pourrait être notre perte.

Comment réagir?

Bradley Campbell a récemment écrit un article pour Quillette, disant:

«Quoi quils fassent, ceux qui ont des problèmes avec la nouvelle culture, ou avec certains de ses aspects, narriveront à rien par le rejet ou la moquerie. Dans la mesure où la culture de la justice sociale offre une nouvelle vision morale, ils devront proposer une autre vision .morale.»

En tant que chrétiens, nous devons être ceux qui offrent cette «autre vision morale», à savoir l’Évangile de Jésus-Christ. Nous ne pouvons pas incorporer la théorie critique dans l’Évangile. Le mélange de ces deux visions du monde n’aboutira qu’à une fracture de l’Église, à la perte de l’amour fraternel et à la perversion de l’Évangile. Malheureusement, de nombreux chrétiens ont déjà cru bon d’intégrer ces doctrines dans leur théologie. Le cheval de Troie du wokisme est déjà entré dans l’Église. Le temps nous dira comment l’Église réagira.

Encore une fois, tout cela ne veut pas dire que nous ne devons pas nous préoccuper des questions de justice ou des inégalités socio-économiques. Les vies des Noirs comptent [aussi]. Une application équitable des lois est importante. La pauvreté doit être combattues. Ces questions touchent profondément le cœur de Dieu, et nous devons chercher la solution de Dieu pour nous attaquer aux racines de ces problèmes. Mais Dieu a déjà donné ses définitions du péché et de la droiture, de la justice et de la rédemption. Ce sont ses interprétations à lui qui comptent, et son méta-récit est celui dans lequel nous vivons actuellement. C’est à l’Église de repérer les mensonges de l’ennemi, de dire la vérité dans l’amour et de chercher les solutions qui viennent du ciel. Il n’est peut-être pas trop tard.

Esaïe 5:20-21: Malheur à ceux qui appellent le mal bien et le bien mal, qui mettent les ténèbres pour la lumière et la lumière pour les ténèbres, qui mettent lamer pour le doux et le doux pour lamer. Malheur à ceux qui sont sages à leurs propres yeux et intelligents à leurs propres yeux.

Max Funk

Max Funk est né et a grandi à Abbotsford, en Colombie-Britannique, et a déménagé à Vancouver pour étudier l’art et le design à l’Université Emily Carr. Il pratique l’art, le design et l’écriture. Il est le directeur créatif de Converge et vit au Guatemala où il enseigne l’anglais