La NUPES, c’est le programme commun de MITTERAND

Il est frappant de constater comme le programme de la NUPES reprend les fondamentaux du programme commun de la gauche, établi en 1972 entre le PC et le PS, et mis en œuvre par MITTERAND après sa victoire à la présidentielle de mai 1981. Rappelons que l’aventure a duré 18 mois. 18 mois sous la houlette de Pierre MAUROIS alors premier ministre (21 mai 1981 – 17 juillet 1984). 18 mois pour constater que le programme commun, séduisant sur le papier, était tout simplement infaisable, qu’il coutait très cher à la France et que les classes défavorisées étaient les premières à payer les pots cassés.

Par exemple, il y eut l’affaire de la retraite à 60 ans. Michel ROCARD (ministre d’État, ministre du Plan et de l’Aménagement du territoire dans les deux premiers gouvernements Pierre MAUROY du 22 mai 1981 au 23 mars 1983.) que l’on ne peut pas qualifier d’ultra-libéral (c’est un ancien du PSU) mit en garde MITERRAND sur le caractère démagogique de la mesure : « vous la proposez pour vous faire élire, sans en mesurer les conséquences, vous allez vous faire élire et alors les générations futures paieront l’addition « .

Je ne suis pas contre le rêve, mais je reprochais alors à Mitterrand d’avoir fait rêver sur n’importe quoi… Michel ROCARD.

Le programme commun de 1972

C’était donc en juin 1972. Le programme commun entre le parti communiste et le parti socialiste était signé. Il s’agissait d’un programme en vue de l’élection présidentielle de 1981 qui devait être l’occasion d’un retour de la gauche aux affaires. Il se traduisit surtout par les « 110 propositions pour la France ». Lorsque l’on s’intéresse de près au texte, il est effectivement porteur (sur le papier) de justice sociale et de promesses pour les plus modestes. On y lit par exemple : « Cette croissance nouvelle assurera un essor considérable des équipements collectifs et le progrès régulier du niveau de vie, dont bénéficieront en priorité les catégories les plus exploitées et défavorisées ».

Depuis la fin de la guerre, le pays avait été géré par la droite. Giscard D’ESTAING (centre droit (UDF)) fut le dernier représentant de cette droite (1974-1981). On vit alors le niveau de vie général s’élever et les inégalités se réduire. Avec l’arrivée de la gauche au pouvoir (1981), malgré les idées progressistes et sincères (modulo les craintes de ROCARD) mises en avant, le contraire fut constaté. Le cycle habituel : hausse des salaires et blocage des prix laissèrent les entreprises sans marge de manœuvre, puis sans marge du tout. Résultat, 18 mois plus tard, constatant l’échec, MITTERAND lança le processus dit de « la rigueur », en d’autres termes : « on arrête les frais ». La France avait perdu sa compétitivité, notamment par rapport à son voisin allemand. A l’époque, un outil était fort utile dans de pareilles situations : la dévaluation compétitives (du Franc). Sans améliorer la compétitivité des entreprises françaises, ces dévaluations successives (4 en tout) ont surtout conduit à enchérir nos importations, notamment d’hydrocarbures et, en conséquence, commencé à creuser le déficit public et mis en marche le moteur satanique de l’inflation. Pour tenter d’endiguer le phénomène, le gouvernement augmenta les taux d’intérêt. Une dangereuse spirale était amorcée… Le financement des entreprises se compliqua encore, avec des faillites à la clé ce qui fit dire à ROCARD (encore lui) : « il n’y a pas d’employés sans employeurs ». Le chômage atteint pour la premières fois 2 millions de personnes.

Et ce fut ainsi que le gouvernement le plus à gauche de la Vème république dut assainir ses finances pour permettre le maintien de la France dans le système monétaire européen (SME). Ce fut ainsi que le gouvernement le plus à gauche de la Vème république, sous l’impulsion de Jacques DELORS, désindexa les salaires sur les prix !!! La droite en avait rêvé, mais jamais n’avait-elle osé la mettre en œuvre. La grande conquête sociale des Trente Glorieuses était jetée aux oubliettes par la gauche. Voilà qui donna définitivement raison à ROCARD qui fustigeait les politiques consistant à dépenser l’argent que l’on n’avait pas.

Le MITTERAND de 1988 sut écouter le sage ROCARD.

LA NUPES (LFI, EE-LV, PCF et PS) : on recommence les mêmes erreurs ?

Le programme de la NUPES est la petite sœur du programme commun de 1972 (6ème semaine de congés payés, retraite à 60 ans (alors que l’espérance du vie a gagné 10 ans depuis 1981), 32 heures de travail par semaine, nationalisation en masse, blocage des prix, ISF, embauche massive de fonctionnaires, encadrement des loyers…).

Combien coûterait le programme de la NUPES ? Jean-Luc MELENCHON dit 250 milliards d’€uros (soient 11% du PIB) . D’autres parlent de plus de 350 milliards (11% du PIB)d’€uros. Peu importe. On est très au dessus (en monnaie constante) des coûts du programme commun de 1972. Bien entendu, dans un contexte où les caisses de l’État sont vides. Un différence est à souligner: l’impossibilité aujourd’hui de la dévaluation compétitive. Le risque majeur serait une augmentation forte des taux d’intérêt d’emprunt d’État liée à la défiance des marchés vis-à-vis des abyssales déficits publiques et de la balance des paiements (sans parler de la désobéissance aux traités européens). 1 % de taux d’intérêt supplémentaire sur les nouveaux emprunts, c’est 165 milliards d’€uros de dettes supplémentaires ! Il est probable que le programme de la NUPES nous amènerait plutôt vers les 4 ou 5%.

Alors. Sauf à dire que la dette n’a aucune importance, qu’elle ne sera jamais remboursée, l’équation n’a alors plus de solution. Le risque de défaut de paiement est envisageable sauf à faire un virage à 180°C que l’on appellera la rigueur, deuxième du nom. On dénoncera alors les forces de l’argent, les prédateurs libéraux…

Deux éléments séparent toutefois la NUPES et le programme commun de MITTERAND. Deux points que le Président élu en 1981 n’aurait jamais défendu :

  1. l’abandon de indépendance énergétique fondée sur le nucléaire ;
  2. l’affaiblissement de la construction européenne.

Bref, l’idéologie, même sincère, même louable dans ses principes, devrait s’inspirer de l’histoire. Promettre tout et surtout n’importe quoi, faire rêver à tout prix, fait gagner les élections, certes, mais fait aussi perdre l’intérêt général.